Mot de la pasteure

Diane Rollert

Pasteure Église Unitarienne de Montréal

Janvier 2008

VOUS VOULEZ SERVIR DE TRAIT D’UNION

Fin septembre 2007, 80 d’entre nous, membres et amis, jeunes et moins jeunes, étions réunis dans le Phoenix Hall, ici à l’église unitarienne de Montréal. Nous étions là, par petits groupes, à fabriquer des collages pour montrer comment nous imaginions les attentes à notre égard. Cet atelier de travail sympa fait partie d’une série d’autres ateliers à venir pour imaginer notre avenir.

Cette journée-là, alors que chaque groupe présentait son collage, je fus frappée par quelque chose qui se voyait comme le nez au milieu de la figure. La métaphore que j’espérais tant avait été laissée de côté.

J’ai toujours cru que cette communauté voulait être un phare sur la montagne, une lumière de la religion libérale rayonnant sur Montréal – la représentation du phare, non du club privé, défi que Carole Martignacco vous a jadis proposé de relever. Je m’attendais à ce que vous fassiez appel à cette métaphore du phare. Mais non. Ce jour-là, j’entendis un autre son de cloche.

Vous voulez servir de trait d’union. Vous voulez être un lieu d’accueil. Vous voulez jeter un pont entre toutes les formes de diversité, spirituelle, religieuse, culturelle, raciale, ethnique, économique et linguistique, qui rendent ce lieu et notre époque si uniques. La liste se lit un peu comme de la poésie:

Dialogue sur la diversité.

Compassion, communion et fraternité.

L’union dans la diversité.

Un lieu de rencontre voué à la recherche du bien commun.

Préconiser la tolérance dans le monde comme un idéal à atteindre.

Combler le fossé entre les jeunes et les aînés, entre l’enfant, l’adolescent et l’adulte.

Trouver un équilibre entre un monde trépidant d’activités commerciales et le besoin de la beauté dans la vie quotidienne.

Réduire les écarts entre les riches et les pauvres.

Et de l’autre côté de ce pont, le groupe visualisa un havre sûr.

Un oasis, un refuge, un sanctuaire.

Un espace sacré où l’on peut développer sa spiritualité.

Un lieu d’harmonie, avec une musique d’ambiance.

Le calme dans la tempête.

Un lieu de ressourcement et d’espoir, où l’on parle et favorise le langage du coeur.

Un groupe s’est levé pour dire qu’il avait découpé le pont qui se voit dans son collage, pour repérer après coup de petits personnages dessus, en lutte les uns avec les autres.

“Eh bien”, dirent-ils, “cela n’est pas si mal après tout. C’est la réalité. Bâtir des ponts pour servir de trait d’union entre nous et les autres, c’est difficile. Il peut arriver qu’on se dispute. Dialoguer exige beaucoup d’efforts”.

J’ai commencé à me rendre compte qu’un phare est érigé sur une hauteur, loin, intouchable, tout en étant un guide par sa lumière. Mais un pont c’est quelque chose qu’on n’a de cesse de construire. Pour le traverser, on doit le connaître par soi-même, marcher dessus, se retenir à son garde-fou. Quand il commence à s’affaisser, il faut l’étayer. On doit voir à le maintenir constamment en bon état.

La lumière d’un phare va en sens unique, mais sur un pont on va et on revient. On le traverse dans un sens en quête de vérité et de sens, puis on y revient en sens inverse pour rapporter ce qu’on a appris.

Il y eut aussi une autre chose que je n’avais pas prévue. On amorça une discussion sur notre engagement dans le monde, mais ce qui me stupéfia dans tout cela c’est la volonté de créer un havre de paix pour réconcilier le monde. Ce pont de compréhension débouche sur un lieu de réconciliation. Voilà le message de cette journée-là. L’attente à notre égard, c’est la création d’un lieu sûr où les gens de divers horizons peuvent venir pour partager leurs rêves et leurs espoirs.

On termina l’événement en se tenant par la main pour former une chaîne humaine en cercle. À tour de rôle on devait énoncer le mot ayant eu le plus de résonance pour nous durant les activités de cette journée mémorable. Paix, amour, croissance spirituelle, audace, compassion, harmonie, oasis, diversité, pont. Voilà les mots qui ont circulé dans la salle.

Nous voulons servir de trait d’union.

À l’aube du nouvel an, puissions-nous acclamer l’avènement de ce pont qui va nous servir de trait d’union. Puissions-nous accueillir nos amis à bras ouverts, anciens et nouveaux, avec amour et ouverture d’esprit. Puissions-nous nous réjouir de toutes les sagesses du monde aux sources desquelles nous nous abreuvons.

Allumons les lumières scintillantes. Faisons sonner le carillon.

Meilleurs vœux à tous,

Ray Drennan

Pasteur Église Unitarienne de Montréal

Décembre 2003

Les textes sacrés - Quatrième partie

Les Saintes Écritures chrétiennes : Révérence

La révérence traverse toutes les religions et se manifeste même hors d’elles dans la trame de toute communauté, quel que soit son sécularisme. Nous pouvons être séparés les uns des autres sur le plan des croyances, jamais sur celui de la révérence. Si vous désirez la paix dans le monde, ne priez pas que tous partagent vos croyances. Priez plutôt que tous soient capables de révérence. (Paul Woodruff, Reverence: Renewing a Forgotten Virtue; c’est nous qui traduisons)

À la fois universels et tribaux

Nous terminons aujourd'hui notre mini-série sur les textes sacrés de quelques-unes des traditions religieuses du monde. Nous nous sommes arrêtés, très brièvement, à la lecture des textes sacrés du judaïsme, du taoïsme et de notre propre tradition unitarienne et universaliste, et nous allons aujourd'hui jeter un regard sur les Écrits saints du christianisme. Nous nous sommes contentés, bien sûr, de mettre le bout de l’orteil dans l’eau; nous avons été très sélectifs. À vrai dire, même les plus pieux adeptes de la plupart de ces traditions sont tout aussi sélectifs. De façon consciente ou non, ils ont une liste de textes qu’ils préfèrent et auxquels ils se fient, ainsi qu’une autre liste de textes auxquels ils ne consacrent aucune attention. Chacun dispose de ses propres textes canoniques à l’intérieur du canon. C’est un fait que nous, unitariens, ne craignons pas d’admettre. Nous reconnaissons qu’une partie de la splendeur des textes sacrés n’est pas si splendide. En tant qu’unitariens, quand un passage des textes sacrés fait problème, nous ne nous cassons pas la tête à essayer de le déchiffrer. Les unitariens, heureusement, peuvent reconnaître que la plupart ou peut-être même tous les textes des traditions religieuses du monde comportent en même temps des tendances universalistes (dont notre monde a désespérément besoin) et des tendances tribales (non seulement inutiles, mais même carrément dangereuses dans notre monde). Le fait d’admettre cette dynamique à l’intérieur des textes sacrés ne nous empêchera pas, espérons-le, de les scruter pour y découvrir des trésors pour le cœur et l’esprit. D’où la série.

Chants de Noël incessants dans les supermarchés

Parlons maintenant des Écrits saints du christianisme. J’oserais affirmer que peu des personnes présentes ce matin – peut-être aucune – n’est attirée en premier lieu par la mythologie de la Bible, par sa théologie, par sa cosmologie ou par sa prétention triomphale ou exclusive de détenir la vérité. Oui, bien sûr, nous pourrions probablement tous et chacun, au prix de grands efforts et d’une gymnastique théologique assez ardue, refaçonner la théologie et la cosmologie chrétiennes pour en faire quelque chose qui aurait du sens aux yeux d’un unitarien. C’est exactement ce que j’ai dû faire pendant bien des années en tant que pasteur presbytérien, mais j’ai bien dû finalement admettre que cela n’en valait pas la peine. Ne devons-nous pas reconnaître qu’une bonne partie de la théologie chrétienne ne nous apporte ni inspiration pour l’esprit, ni lumière pour le cœur ? C’est bien pour cette raison, d’ailleurs, que nous sommes ici au lieu de faire partie de l’Église chrétienne. Il suffit d’écouter les mots des chants de Noël dont on nous bombarde sans répit à cette période de l’année pour nous rappeler nos divergences avec le christianisme. Si vous avez oublié les mots de ces chants, voici quelques exemples :

Bien qu’il soit aujourd'hui un nourrisson, il sera assis sur le trône de son père et appellera à lui toutes les nations. Tous alors seront agenouillés. Venez et adorez... adorez le Christ, le roi nouveau-né. (Angels from the Realms of Glory) Que le péché et la douleur cessent de croître, que les épines cessent d’infester la terre. Il vient répandre sa bénédiction aussi loin que porte la malédiction, etc. Voilée par la chair, voyez la Divinité; saluez le Dieu incarné… Doucement, il met de côté sa gloire, Né pour que l’homme ne meure plus, Né pour élever les fils de la terre, Né pour leur donner une seconde naissance (Hark The Herald Angels Sing).

Je suis stupéfait de constater qu’en l’an 2002, la question de faire chanter ou d’enseigner de tels chants dans nos écoles publiques puisse encore susciter un tollé comme celui qu’on a vu la semaine dernière (particulièrement dans la presse francophone). Pourquoi ferait-on la promotion d’une idéologie aussi sectaire dans nos écoles multiconfessionnelles ? Mais cette question susciterait une discussion sur un sujet beaucoup plus large. Il s’agit d’un sujet important, mais qui n’est pas notre sujet ce matin; nous voulons plutôt aborder les Écrits saints du christianisme.

Quelle est l’attraction ?

Tout en ayant des divergences avec de nombreux éléments des Écrits saints chrétiens, beaucoup d’entre nous – moi-même y compris – sont attirés par d’autres éléments de ces Écrits saints qui nous offrent stimulation pour l’esprit, sagesse pour le cœur et questionnement de notre mode de vie. Quelle est donc l’attraction si elle ne se trouve pas dans la mythologie, la théologie ou la cosmologie ? Il paraît trop simple de répondre : « Eh bien, c’est Jésus ». Même après avoir soustrait tout ce que l’Église primitive a placé dans la bouche de Jésus, ne devons-nous pas admettre que nous avons des divergences même avec ce que Jésus de Nazareth a pu dire ? Personnellement, je suis loin d’être charmé parce tout ce que l’Évangile selon « Q », la source la plus fiable, nous dit que très probablement le dénommé Jésus de Nazareth aurait pu dire. Nous trouvons dans « Q », par exemple, les propos suivants dans la bouche de Jésus

Croyez-vous que je sois venu pour apporter la paix ? Non, je suis venu apporter l’épée de la division. Mon message séparera le père et le fils, la mère et la fille. Ceux qui me préfèrent le père ou la mère ne sont pas méritants... (Livre de Q)

Révérence

Ce texte n’a jamais fait partie du canon des textes que je préfère. Qu’est-ce alors qui nous ramène vers les Écrits saints du christianisme si ce n’est ni la mythologie ni, particulièrement, le message de Jésus ? En y pensant de nouveau au cours des derniers mois, j’ai été frappé par le fait qu’en me tournant vers les Écrits saints du christianisme pour y trouver une stimulation et une remise en question, je ne suis pas attiré en premier lieu par le contenu. C’est plutôt que je vois en Jésus, et dans l’histoire de sa vie, la démonstration d’une qualité de relations humaines dont le monde a désespérément besoin. Je pense que cette qualité de relations humaines peut se résumer en un seul mot, le mot « révérence ». Ce qui m’attire encore aujourd'hui vers les Écrits saints du christianisme, c’est qu’à travers leurs pages, j’aperçois une personne qui a vécu dans une révérence profonde pour les autres et pour le caractère sacré du cosmos qui l’entourait. Dans son livre Reverence: Renewing a Forgotten Virtue, Paul Woodruff a contribué à éclaircir le sens profond de ce petit mot. La « révérence » n’est pas une vertu facile à définir. C’est peut-être en son absence qu’on en reconnaît le mieux la valeur. Woodruff écrit :

Sans révérence, les choses se défont. Les gens ne savent pas se respecter les uns les autres ni se respecter eux-mêmes. Une armée ne sait pas faire la différence entre sa propre nature et celle d’un gang de bandits. Sans révérence, une maison n’est pas un foyer, un patron n’est pas un leader, un enseignant n’est pas un maître.

Vous pouvez oublier votre humanité de deux façons : en prenant les airs d’un dieu, ou en agissant comme une bête de proie. Dans le deux cas, vous revenez à la révérence quand vous retrouvez le sentiment de l’humanité que vous partagez avec les autres. Quand la violence surgit entre des personnes de traditions religieuses différentes, la révérence a disparu... La vraie révérence ne tue ni les hérétiques, ni les mécréants. La révérence connaît les limites de la connaissance humaine et n’a jamais la présomption de représenter de façon littérale l’esprit de Dieu.

N’est-il pas vrai que Jésus a vécu une vie de profonde révérence ? Il n’a pas proclamé, comme les prophètes d’autrefois, « Ainsi parla le Seigneur ». Non, Jésus, le rabbin juif, s’exprimait de façon plus simple, à partir de sa propre expérience. « On vous a dit telle chose, mais je dirais quant à moi que... » On présente souvent les conflits de Jésus avec les leaders religieux de son époque et le contraste entre lui et eux. Ces leaders, même s’ils connaissaient la loi, ne connaissaient pas bien le sentiment de profonde révérence et d’étonnement émerveillé qu’on peut avoir à l’égard d’autrui. Voulant le pouvoir, ils souhaitaient avoir raison et prouver que Jésus avait tort. La tradition devait être maintenue à tout prix, même s’il fallait écraser les personnes que cette tradition était censée bénir. Ils voulaient gagner, humilier Jésus et se venger du parvenu. Quelle proportion de nos relations humaines est basée sur un désir semblable ? Ces leaders avaient oublié l’humanité qu’ils partagent avec autrui.

Jésus, cependant, ne se préoccupait pas en premier lieu de la légalité religieuse ni de son propre ego. Il n’avait pas l’habitude d’enfermer les gens dans des catégories. Il ne voyait pas devant lui une femme adultère (Jean 8), un homme déformé dans la synagogue (Luc 6 :6), un enfant sans importance (Luc 9 :46), un raisonnement subtil de jurisprudence religieuse. Jésus voyait devant lui un être humain avec lequel il partageait une même humanité et à qui il devait, et accordait, une profonde révérence. La « révérence » constitue, à mes yeux, l’élément le plus profond de la spiritualité. Le mot est souvent mal compris. Trop souvent, il a pour connotation la soumission de quelqu’un qui acquiesce au point de vue d’une personne investie d’autorité. C’est la pire des connotations associée au mot « révérence ». Ces idées sont diamétralement opposées au sens que l’on donne ici au mot révérence. De même, le respect n’est que le cousin pauvre de la révérence et ne constitue pas pour elle un substitut adéquat. Le mot respect est un mot faible, évoquant une distance stérile entre les gens plutôt que l’engagement émotif nécessaire lorsque la révérence est présente dans « l’entre-deux » d’une relation. La révérence se rapproche du « Tu » de Martin Buber dans Le Je et le Tu, sans nécessairement comporter les mêmes connotations théologiques. La révérence est proche du Nanmaste de l’hindouisme.

L’ego humain de Jésus a été « submergé par ce qu’il a confronté », soit la précieuse, étonnante et sainte altérité qu’il a trouvée dans l’autre personne et dans sa relation avec le cosmos. « Sans révérence », dit Paul Woodruff, « nous ne pouvons pas expliquer pourquoi nous devrions traiter le monde naturel avec respect ».

Le Magnificat de Marie (Luc 1: 46), dans lequel elle chante l’enfant Jésus, est un autre exemple de révérence. Plutôt que sa cosmologie, ce qui importe dans ce chant, c’est la vérité spirituelle qui appelle à la restauration ou au réalignement de justes relations entre les humains. Les puissants, ceux qui ne manifestent aucune révérence, seront renversés. Ceux qui manifestent révérence et étonnement émerveillé seront élevés. Pour Jésus, les mots des rituels et de la théologie avaient beaucoup moins d’importance que la révérence due aux autres êtres humains. « Une journée de repos est instaurée pour la santé humaine. L’humanité n’a pas été créée pour le Sabbat ». Paul Woodruff écrit :

La révérence se manifeste dans beaucoup de systèmes différents, religieux ou autres. Elle est si largement présente, en fait, qu’il ne peut y avoir aucun noyau de croyances requises au-delà d’une confiance muette qu’il existe quelque chose que nous devons envisager avec un étonnement émerveillé... Cet étonnement émerveillé est l’émotion la plus révérente.

Relisez lentement cette phrase révolutionnaire. Notre monde ne serait-il pas bien différent si les traditions religieuses du monde pouvaient comprendre cette vérité élémentaire et transformatrice : il n’y a aucun noyau de croyances requises ? Ce qui compte, c’est de faire preuve de révérence et de ressentir l’étonnement émerveillé qu’inspire notre humanité commune. L’étonnement émerveillé est le sentiment le plus sacré des sentiments religieux, qu’il soit ressenti en communion avec un autre être humain ou sous un ciel constellé d’étoiles. On pourrait même dire que Jésus fait preuve d’étonnement émerveillé dans sa colère lorsqu’il dénonce ceux qui ont piétiné les autres sans révérence. Il semble que même Jésus soit né infecté de préjugés tribaux. Il place des limites autour de ceux envers qui il doit faire preuve de révérence. Dans un récit, lorsqu’il parle à la femme de Canaan, Jésus semble oublier son humanité commune, et les exigences de la révérence envers tous, pour se comporter à peu près comme « une bête de proie ». C’est l’étrangère, la femme de Canaan, qui lui apprend la révérence et l’émerveillement universels (Matthieu 15:20 et seq.).

Le contenu est moins important que la démarche

Dans les Écrits saints du christianisme, Jésus semble affirmer que le contenu est moins important que la démarche. La profondeur spirituelle n’est pas définie par le Dieu que l’on adore ni par la localisation ou la nature des rites que l’on emploie; la maturité spirituelle s’exprime par une profonde révérence, par un étonnement émerveillé face aux autres et face à la terre. « Si tu dis aimer Dieu, que tu ne vois pas, et ne manifestes aucune révérence pour ton frère, ta sœur, ton voisin ou ton ennemi, que tu vois, tu n’as pas compris. Tu n’es ni saint, ni fidèle, ni spirituel ». Si notre monde pouvait comprendre les implications radicales de la « révérence », vérité centrale de la vie de Jésus et message central des Écrits saints du christianisme, notre monde ne serait-il pas béni ? Malheureusement, notre monde est trop plein de religiosité tribale et d’étroites idéologies ethnocentristes qui piétinent et détruisent et qui ignorent tout de la révérence profonde.

La révérence est le cœur de notre communauté unitarienne

Pour nous, unitariens ou universalistes, ces réflexions comportent une bonne nouvelle. On pourrait soutenir que nous sommes parmi les religions du monde la première, et peut-être la seule, à comprendre cette vérité centrale de Jésus, de la religion et de la vie : le cœur de la foi n’est pas le dogme ou la croyance mais la révérence. Peut-être me direz-vous que dans l’abstrait, l’hindouisme et le bouddhisme connaissent cette vérité, mais si nous examinons sur le plan sociologique la violence entre hindous et musulmans en Inde, ou les luttes entre les différents groupes bouddhistes pour déterminer lequel a gardé la juste voie, il semble qu’une partie de cette vérité ait été perdue. En tant qu’unitariens et universalistes, je pense que nous devons proclamer avec force : « La relation basée sur le respect est le cœur de la pratique et de la vérité religieuses ». C’est là une vérité que notre planète a besoin d’entendre; ainsi, nous ne devrions pas tenir au secret notre façon d’être religieux. Notre premier principe, qui est le plus difficile de tous, nous met au défi de vivre dans un état de grande révérence les uns envers les autres. Notre principe nous appelle à respecter, mais j’aime encore mieux l’expression « tenir en révérence », la valeur et la dignité intrinsèques de chaque personne. Je ne dis pas que nous y sommes arrivés. Quelle ne serait pas la transformation de notre communauté si nous pouvions manifester intégralement une révérence profonde, constante et transformatrice les uns envers les autres ! « L’amour est l’esprit de cette congrégation et la révérence est notre loi ». Si nous vivions cette profonde révérence, de quelle façon seraient transformées nos vies, nos relations, nos familles ? La révérence constitue, d’après moi, l’essence des enseignements de Jésus. Si nous suivions son exemple, notre monde serait en paix. C’est pourquoi il mérite le titre de Prince de la Paix et c’est pourquoi, à mon avis, les Écrits saints du christianisme méritent notre attention.

Ray Drennan

Pasteur Église Unitarienne de Montréal

Décembre 2002

Les symboles sur la place publique

Un numéro récent de Nouveau Dialogue m’a fait réfléchir et j’ai voulu y répondre. Nous venons tous de connaître une période de festivités animée au cours de laquelle nous avons utilisé les symboles de la saison pour décorer nos maisons, nos bureaux et la place publique. Les lumières du Diwali hindou sont les premiers éléments du spectacle, puis vient le ramadan. Le jeûne est rompu pour Eid al-Fitr; puis ce sont les lumières de Hanoukka, les sapins païens, les lumières du solstice et la crèche des chrétiens. Il y a de nombreuses autres fêtes dans les traditions baha’i, bouddhiste, sikh et zoroastrienne, pour ne nommer que celles-là. Quand je songe à cette caravane de célébrations, ce qui me frappe le plus, c’est à quel point sont inégalement représentées les cultures et les religions sur la place publique. Même si le Québec d’aujourd’hui est un arc-en-ciel de traditions religieuses, l’Enfant Jésus et les chants de Noël chrétiens paraissent omniprésents, alors que les autres traditions sont silencieuses ou entièrement absentes. Nous pouvons tenter de justifier cette situation en évoquant le poids du nombre, ou en disant que nous avons cru autrefois être une «nation chrétienne», ou qu’il s’agit aujourd’hui de symboles essentiellement culturels plutôt que religieux. Pourtant, ces arguments sonnent faux.

Les incohérences abondent. Quand les «autres» groupes religieux veulent occuper davantage d’espace sur la place publique, on leur dit souvent qu’ils doivent apprendre à s’adapter un pays moderne et «séculier», ou encore (cette idée est sous-entendue) retourner chez eux. «Ici, affirme-t-on, les institutions et la place publique sont des lieux séculiers. Les identités religieuses et culturelles doivent demeurer des questions personnelles». Ceux qui revendiquent le port du hajib ou du kirpan sont accusés de «survaloriser leur ethnicité et leur identité religieuse». Pourquoi cet argument ne s’applique-t-il pas à ceux qui portent de grandes croix ou à la présence de crèches ou de chants de Noël chrétiens sur la place publique ? La question, c’est de savoir quels groupes auront le droit d’afficher leurs symboles religieux. La tempête soulevée à Montréal quand on a proposé d’enlever le crucifix de l’Hôtel de Ville illustre bien cette situation. Certains ont soutenu avec véhémence que le crucifix n’était pas un symbole religieux mais simplement un symbole de «notre» héritage culturel. Parmi les hindous, les musulmans, les humanistes et les unitariens, il en est qui sont loin de trouver l’argument convaincant.

À quoi ressemblerait une place publique réellement «séculière» ? S’agit-il d’une option possible ou même souhaitable ? D’autre part, dans quelle mesure la place publique devrait-elle faire place à la diversité religieuse et culturelle ? Ce sont des questions difficiles. Le multiculturalisme est un beau mot qui masque souvent un ethnocentrisme flagrant : nous voulons bien tolérer la présence de votre culture comme ajout pittoresque à la périphérie de notre place publique canadienne. Nous avons bien des façons de faire savoir aux «autres» qu’ils ou elles n’ont aucun droit de redéfinir le centre de la place publique. Ne faut-il pas amorcer ce dialogue difficile pour rendre la place publique vraiment publique ?

Jacques Langlais, infatigable champion d’une authentique inclusivité, l’a fort bien dit: «Ce qui est capital, dans une société comme la nôtre, ce n'est pas tant la diversité que l'nteraction grandissante entre les éléments hier encore isolés sinon en conflit. Le phénomène nouveau, c'est interculturel, c'est-à-dire ce dynamisme, fait d'ouverture, d'écoute et d'échange mutuels...»

Ray Drennan

Pasteur Église Unitarienne de Montréal

Avril 2002

PâquE(s) = MC2

Partout au monde, Pâques est la fête la plus importante pour les chrétiens. Le matin de Pâques, les hymnes et la musique dans toute leur beauté font résonner les monts et les cathédrales.

Le Christ aujourd'hui est ressuscité. Alléluia ! Notre jour de saint triomphe est arrivé. Alléluia ! À Toi la gloire, Fils conquérant, ressuscité; sans fin est la victoire sur la mort que tu as remportée. La bataille est finie, le combat terminé; la victoire de la vie est assurée. Le chant de triomphe est entamé : Alléluia ! Voyez, je vous raconte un mystère... Nous serons transformés !

Pour ceux d'entre nous qui avons été élevés dans des familles chrétiennes, ces mélodies, ces hymnes puissants et majestueux continuent de résonner dans nos cœurs et de nous émouvoir. Même si une grande partie de la théologie concernée paraît aussi désuète qu'un bonnet de Pâques, la musique fait encore chanter notre âme. L'une des raisons pour lesquelles je regrette de n'être plus chrétien, c'est que je ne puis plus - du moins, selon les conditions dictées par l'orthodoxie chrétienne - participer pleinement au triomphe, à la pompe et à l'apparat, aux fanfares de trompettes associés au jour de Pâques.

Pour les unitariens, Pâques a toujours représenté un dilemme. Faut-il renoncer à Pâques et le laisser aux chrétiens ? Faut-il parler seulement de Jésus de Nazareth, sans dire un mot du Christ glorieux et ressuscité ? Faut-il nous contenter de Jésus le prophète, celui qui a façonné une noble éthique de vie, et démythologiser Jésus le grand prêtre, le Christ cosmique ? Les unitariens continuent, bien sûr, à s'inspirer des enseignements moraux de Jésus qui nous apprend, parmi les stress de la vie, à vivre sans anxiété comme les fleurs des champs et les oiseaux de l'air, et qui nous exhorte à aimer nos ennemis et à faire du bien à ceux qui nous insultent. Faut-il pour autant renoncer à la résurrection de Jésus et au triomphe du Seigneur cosmique, nous contenter d'un œuf de Pâques et de la résurrection de l'herbe au printemps ? En bref, la question que je veux examiner est la suivante : en tant qu'unitariens, pouvons-nous honorer et célébrer en toute intégrité la puissance et la vérité de la résurrection de Jésus ?

Albert Einstein a dit un jour :

Créer une nouvelle théorie, cela ne veut pas dire démolir une grange pour ériger un gratte-ciel à sa place. Il s'agit plutôt de gravir une montagne pour obtenir de nouveaux points de vue plus vastes, pour découvrir des liens inattendus entre notre point de départ et son riche environnement. [notre traduction]

Selon moi, il n'est pas nécessaire de démolir la vieille grange des interprétations anciennes de la résurrection, de les démythologiser intégralement en compagnie de Rudolph Bultman, pour voir dans la résurrection vérité et beauté. Nous pouvons obtenir des points de vue nouveaux et plus vastes, découvrir des liens inattendus.

La lutte des premiers chrétiens

Les premiers chrétiens, qui avaient accompagné Jésus de Nazareth, qui avaient écouté son enseignement et qui l'avaient vu mourir, en sont venus à croire que Jésus était vivant. La tombe ne l'avait pas vaincu. Ils savaient que Jésus était vivant parce qu'ils ressentaient sa présence à leurs côtés et parce qu'ils sentaient que la force de ses idées et le pouvoir de son esprit étaient toujours avec eux. Je ne parle pas particulièrement ici de visions d'un corps ressuscité. Selon toute apparence, l'Église chrétienne a dû adopter une démarche tortueuse pour prouver que le corps de Jésus était physiquement ressuscité. Pour faire cette démonstration, le récit de Pâques est devenu de plus en plus compliqué à mesure qu'on y ajoutait des détails concernant les sentinelles à l'entrée du tombeau, une lourde pierre qu'il fallait rouler hors de l'entrée, un témoin oculaire racontant que Jésus mangeait du poisson. Mais au sein de la communauté des premiers chrétiens, tous ne partageaient pas cette orientation vers la résurrection du corps. Certains ont prêché la résurrection en oubliant presque complètement le corps. Avant l'orthodoxie, les chrétiens ont parlé de ce Jésus de beaucoup de manières différentes, assumant une grande liberté d'interprétation. Le premier évangile, celui de Marc, ne dit rien des apparitions de Jésus ressuscité et ne parle pas du corps. Sa version se termine avec un jeune homme vêtu de blanc expliquant aux femmes que Jésus est vivant et qu'il les précède. Les femmes quittent le tombeau, effrayées et surprises.

L'auteur de l'épître aux Colossiens (1:15) ne se préoccupe pas, lui non plus, du corps physique de Jésus de Nazareth. Au lieu de s'intéresser au corps de Jésus, il cherche avant tout à comprendre l'essence de ce qu'était Jésus. De façon remarquable, en très peu de temps après la mort du Jésus de Nazareth humain - celui qui pouvait avoir les pieds sales, être en colère et même fatigué - l'auteur a transformé Jésus pour en faire, en fait, le principe créateur et unificateur, c'est-à-dire le principe de vie de l'univers.

Il est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses... Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. (Colossiens 1:15)

Pour ce chrétien, Jésus est devenu le Tao de l'univers. «Tout subsiste en lui». N'est-il pas étonnant de voir qu'un chrétien pensait en ces termes bien avant qu'Einstein n'élabore sa formule de transformation : E=MC2 ? Au lieu de décrire l'univers en termes de matière, de particules, de «choses», l'univers devient un tout relationnel. Pour cet auteur, d'après sa vision du monde, l'univers trouve son unité dans sa relation avec Jésus, le Seigneur cosmique. Bien avant l'équation scientifique d'Einstein, d'autres chefs spirituels avaient diffusé des idées semblables. Les adeptes du Bouddha et de l'hindouisme ont énoncé des idées de même nature.

Impressionné par la non-permanence des phénomènes, leur mutation et transformation incessantes, Bouddha a formulé une philosophie du changement. Il réduisit les substances, âmes... phénomènes, à des énergies, mouvements, séquences et processus, et adopta une conception dynamique de la réalité. (Fritjof Capra, Le tao de la physique, p.195)

Par sa danse, Shiva soutient les multiples phénomènes dans le monde, en les absorbant dans son rythme et en les faisant participer à la danse - une image magnifique de l'unité dynamique de l'univers. (ibid.)

Voici un autre texte traitant de la respiration dans le yoga :

D'ici cinq ans, pas un seul atome de nos corps actuels ne sera ici; en un sens, on pourrait dire que nos corps n'existeront pas ! Nous n'attendons pas la mort pour retourner à l'endroit d'où nous sommes venus; pendant notre vie, nous retournons sans cesse à la terre (Dossey, 1982). Nous faisons partie de l'unité fondamentale de l'univers... Ainsi, sans exception, nous sommes tous partenaires dans cette bio-danse. [notre traduction]

Au lieu de nous dire quelque chose de nouveau, Einstein a repris une notion qui joue un rôle clé dans de nombreuses traditions religieuses et l'a rendue plus crédible à nous yeux en la reformulant dans un cadre scientifique plus occidental.

Vous connaissez l'histoire du petit prince. L'astéroïde B-612 où il habitait avait été découvert en 1909 par un astronome turc, mais parce que cet astronome portait le costume traditionnel des Turcs, on ne l'a pas cru. «Les grandes personnes sont comme ça». Mais, heureusement pour l'astéroïde B-612, un dictateur turc a adopté une loi imposant à ses sujets, sous peine de mort, de s'habiller à l'européenne. En 1920, l'astronome a refait la même démonstration dans un habit très élégant. Alors, tout le monde a accepté son rapport. (Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince, p. 23). De même, quand un troupeau de mystiques nous disent que l'univers est une danse, pourquoi les croirions-nous ? Mais E=MC2, ça c'est autre chose : la matière est nouvelle... ou peut-être devrais-je dire l'énergie est nouvelle.

Einstein, qui affirmait n'avoir aucun talent particulier à part celui d'être extrêmement curieux, écrivait en 1905, à l'âge de 26 ans, trois essais qui ont transformé notre conception de nous-mêmes, du monde et de l'univers. Le troisième essai, écrit en six semaines et qui est devenu la théorie spéciale de la relativité, n'a pu être immédiatement accepté même par les milieux scientifiques. On a reproché à Einstein d'être «illogique, incompréhensible, fou, et de monter à l'assaut contre le dogme chrétien et le sens commun» (Makers of Modern Thought, p. 432; notre traduction)

Bien sûr, la formule d'Einstein remettait en question la notion d'un univers basé sur des composantes isolées. Einstein croyait que l'univers est une toile tissée de relations complexes. La masse et l'énergie sont équivalentes. La masse est une énergie concentrée et la distinction entre les deux correspond à un état temporaire. «Là où il n'y avait "rien", tout à coup il y a "quelque chose", puis ce quelque chose disparaît de nouveau; souvent, avant de disparaître, le quelque chose s'était transformé en quelque chose d'autre» (Gary Zukav, Dancing Wu Li Masters, p. 194; notre traduction). La recherche pour la «substance» ultime dont l'univers est fait représente peut-être une quête illusoire. Nous attendons les résultats d'expériences réalisées sur des neutrinos situés 2 200 mètres sous la ville de Sudbury (Ontario). Mais ces neutrinos n'ont peut-être même pas de masse. Selon la formule d'Einstein, au niveau des particules sous-atomiques, masse et énergie passent continuellement d'une forme à l'autre. Quand la vélocité d'une particule de matière s'approche de la vitesse de la lumière, cette particule est transformée en une énergie que nous ne pouvons imaginer.

Pâques, symbole de la transformation

1. La vie est transformation

Revenons à la résurrection. Si vous me suivez bien, la formule d'Einstein est tout simplement une autre façon d'affirmer la résurrection du Christ cosmique : «tout subsiste en lui». «Voyez, je vous raconte un mystère... tout sera transformé». Pâques, c'est MC2. La résurrection est-elle plus étrange ou moins spectaculaire que le changement de la glace en eau, de l'eau en vapeur, de l'atome en énergie brute ? La transformation de la masse en énergie est la voie naturelle de l'univers. Pâques, c'est MC2. Pâques, c'est une autre façon d'affirmer la danse de Shiva (au niveau sous-atomique, la danse et le danseur sont un); une autre façon d'affirmer la respiration yogi («pendant notre vie, nous retournons constamment à la terre»); une autre façon d'affirmer la vérité du Bouddha : «les phénomènes [n'ont pas le caractère de choses, mais] sont des forces, des mouvements, des séquences, des processus».

Cette façon d'envisager la résurrection de Jésus nous offre, en tant qu'unitariens, deux façons, sur le plan spirituel, de chanter «alléluia» à Pâques. Le premier alléluia est existentiel, l'autre social. D'abord, la résurrection relève de la nature de l'univers. Il ne s'agit pas d'y croire ou de n'y pas croire. Jésus est vivant. La transformation est la matière même dont l'univers est fait. Bien sûr, Jésus n'est pas mort. Rien ne meurt; la mort n'est rien (elle n'est pas quelque chose). Elle est simplement transformation de l'énergie. La mort est une illusion, une incapacité conceptuelle, si l'on veut. La vie ne constitue qu'une forme transitoire parmi les processus de transformation continuels de l'univers. Notre crainte existentielle de la mort est en fait un manque de compréhension. Notre expérience individuelle de la conscience veut se croire fondamentale et veut figer le processus du changement pour faire vivre éternellement la constellation particulière de conscience qu'elle représente. La conscience individuelle peut être tout aussi illusoire que la solidité du lutrin qui se trouve actuellement devant moi. La conscience individuelle n'est peut-être rien, n'est pas quelque chose, elle non plus : passage de la masse à l'énergie, à la masse, à l'eau, à l'air, à la vapeur, à la mort, à la vie : «flux ou échange perpétuel». Écoutez ce poème anonyme intitulé Le cercle de la vie :

Ne crains pas ce qui est maintenant, ne crains pas ce qui vient.
La vie, la mort et l'Être ne font qu'un. C'est un cercle.
Il n'y a ni début ni fin.
Car le début de l'un est la fin de l'autre.

Et la fin de l'un est le début de l'autre.
En vérité les leçons de la vie sont la sagesse de la mort.
Ceux qui vivent dans la connaissance de ce qu'est vraiment le cercle
connaissent une paix au-delà de toute mesure.

(Anonyme, Graces, p. 79; notre traduction)

Écoutez ce poème de Rumi, intitulé «Seule la respiration» :

Ni chrétien ni juif ni musulman, ni hindou,
bouddhiste, soufi, ni zen. Ni religion

ni système culturel. Je ne suis ni d'Orient
ni d'Occident, ni de l'océan ni

du sol, ni naturel ni éthéré,
ni composé de quelque élément que ce soit.
Je n'existe pas,

je ne suis pas une entité de ce monde ni de l'autre,
je ne me réclame ni d'Adam ni d'Ève ni d'aucun

récit des origines. Mon lieu est sans lieu, trace
de ce qui ne laisse pas de trace. Ni corps ni âme

j'appartiens au bien-aimé, j'ai vu les deux
mondes être un et ce un appeler et savoir,

premier, dernier, extérieur, intérieur, seule la respiration respirant l'être humain.

(John Marks Templeton, Worldwide Worship, p. 238; notre traduction de l'anglais)

2. Le pouvoir personnel dans la vie

En deuxième et en dernier lieu, le vrai mythe de la résurrection nous donne l'occasion de célébrer, en tant qu'unitariens, pour un motif non seulement existentiel mais aussi social. Le message de Pâques n'est pas de dire que le corps physique de Jésus est ressuscité. La résurrection est un aspect fondamental de l'univers. Le pouvoir de transformation qui agit sur le cosmos est disponible pour chacun d'entre nous. Malheureusement, Einstein, à cause de son équation et d'une lettre au président Roosevelt, est devenu le «déspirateur» (plutôt que l'inspirateur) du projet Manhattan qui a fait de lui, le pacifiste, le père involontaire de l'ère atomique. Au lieu de vouloir utiliser cette incroyable force de transformation à des fins de destruction et de terreur, d'autres ont vu dans la formule d'Einstein un rayon d'espoir et de paix.

Dans son livre Lightning East to West: Jesus, Gandhi and t he Nuclear Age, James Douglass écrit :

Existe-t-il une réalité spirituelle, inconcevable pour nous aujourd'hui, qui correspond ... à la réalité physique découverte par Einstein... Ne pourrait-il y avoir également, comme le suggérait Gandhi, une loi non découverte et tout aussi incroyable du changement spirituel, selon laquelle une seule personne, ou une petite communauté de personnes, puisse être convertie en une immense énergie spirituelle capable de transformer la société et le monde ? [notre traduction]

Voilà le pouvoir de la résurrection telle que je peux la comprendre. Un théologien chrétien, Jürgen Moltmann, le dit ainsi :

La résurrection a lieu chaque jour. Dans l'amour nous faisons l'expérience de nombreuses morts et de nombreuses résurrections. Nous vivons la résurrection en renaissant à l'espoir vivant. Nous vivons la résurrection par l'amour qui nous permet déjà de vivre ici et maintenant. (Jesus Christ for Today's World, p. 81; notre traduction)

Comme la matière-énergie de l'univers, toute personne vivante est capable de se transformer. C'est le message de Pâques. La résurrection — la rupture des chaînes qui nous lient à la mort et à la demi-vie — est non seulement possible mais inévitable.

Quelle transformation pourriez-vous souhaiter dans votre vie ou dans le monde autour de vous, non seulement le jour de Pâques, mais chaque jour ? La matière, la solidité, les ornières dans lesquelles nous sommes enfoncés sont des cadres conceptuels créés par notre esprit. Changer d'idée, modifier notre perception... quand on imagine quelque chose de nouveau, cela peut libérer l'énergie nécessaire pour le réaliser. Tout ce qui semble solide et difficile, tout ce qui fait obstacle peut être transformé en une énergie qui danse.

Mais nous sommes libres après tout. Nous ne sommes pas liés par les lois de notre nature mais par les façons dont nous pouvons nous imaginer qui nous sommes... Nous sommes libres de nous transcender. Si nous avons l'imagination pour le faire. (David Malouf, An Imaginary Life, cité par Brian Murphy, Transforming Ourselves; notre traduction)

Les obstacles solides qui semblent inamovibles dans nos vies peuvent être modifiés. La pierre a été déplacée. Jésus mort est devenu le Tao de l'univers. L'impossible se produit ! La matière devient énergie qui redevient matière; la tristesse devient joie; les relations stériles deviennent une danse. PâquEs= MC2. «Voyez, je vous raconte un mystère». TOUT PEUT CHANGER... ET TOUT SERA CHANGÉ.

Qu'il en soit ainsi pour vous.

Ray Drennan

Pasteure Église Unitarienne de Montréal

Novembre 2001

Les anges, les croix et les saints

Croyez-vous aux saints ou aux anges ? L’Église chrétienne en parle beaucoup, et surtout à la Toussaint, qui est célébrée au mois de novembre chaque année. Dernièrement, les anges ont quitté les pages des livres saints pour devenir des articles commerciaux particulièrement populaires : le cadeau idéal pour Noël ou Hanoukka. Dans presque tous les magasins, on trouve des livres qui parlent des anges et des statuettes qui les représentent. Les publicitaires, bien sûr, font flèche de tout bois : cette année, un fabricant de pneus affirme que son pneu d’hiver est votre ange gardien. Est-il possible d’aller plus loin dans le ridicule ? Oui, sans doute. Ma belle-sœur me dit que sa grand-mère, il y a fort longtemps, lui a donné un ange. Cet ange, qui s’appelle Dudley, l’aide à dénicher des endroits pour se stationner. Cela vous fait sourire, mais il semble que ça marche. Un ange comme celui-là est bien utile. Pourtant, je dois dire que les anges n’ont pas beaucoup de place dans mes croyances. Mais si vous veniez chez moi, vous en verriez six flotter au-dessus de l’une de mes fenêtres. Cela pourrait étonner ceux d’entre vous qui savent que je suis avant tout un humaniste. Cependant, le fait qu’il y ait des anges chez moi ne vous dit pas vraiment ce que je crois. Vous trouveriez aussi chez moi un crucifix de céramique et une broderie représentant une croix celte, et pourtant, il y a bien des années que le divin enfant-roi ne fait plus partie de mon système théologique.

Voyez-vous, les anges, la croix et le crucifix ornent les murs de ma maison non pas parce que j’y crois ou parce que j’y adresse mes prières, mais parce qu’ils m’ont été donnés par un groupe de véritables saints : les saints qui ont béni ma vie et sans qui elle ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Bien sûr, je ne parle pas de « saints » au sens habituel. Je ne parle pas de ce petit groupe de personnes choisies qui ont réussi les épreuves imposées par une instance ecclésiastique et peuvent maintenant être représentées dans les vitraux d’églises. Non, je parle des saints en chair et en os que nous rencontrons chaque jour. Le saint, c’est peut-être vous, sans même que vous le sachiez.

On a dit un jour qu’un saint est celui qui laisse passer la lumière. À mon avis, c’est une bonne définition. Pour moi, un saint est une personne qui me donne l’inspiration de me transcender. Le saint, c’est celui qui ranime l’espoir en moi au moment où ma lumière s’est éteinte. Le saint, c’est celui qui m’aime malgré tous mes défauts, celui dont le visage s’allume quand je suis présent. Notre monde a besoin d’un plus grand nombre de saints de ce type et pourrait sans doute se passer de certains de l’autre type. Elizabeth Tarbox, véritable sainte unitarienne à mes yeux, disait un jour :

« Tout acte de haine déchire la fine toile de la vie à laquelle nous sommes tous liés, et doit être neutralisé par des actes de guérison. Quand nous oserons ressentir la douleur de l’autre, nous serons si profondément touchés que nous ne nous éloignerons pas; au contraire, nous nous hâterons d'agir comme guérisseur, comme amant, comme ami. »

J’ajouterais, quant à moi : « et comme saint ».

Qu’il en soit ainsi parmi nous. Je souhaite des jours heureux à tous les saints parmi nous, et que leur nombre augmente !