V7N2 Tribune libre unitarienne vol.7 no. 2. 2011, numéro consacré à la droite religieuse.

Vivre sous le fascisme un sermon du Pasteur Davidson Loehr

Davidson Loehr a des regards sur la vie qui sont tous aussi éclectiques que sa feuille de route. Il a été musicien professionnel,  journaliste et photographe au Vietnam, propriétaire de studio et charpentier. Il est devenu pasteur unitarien en 1986 et en 1988 il a obtenu un doctorat de l’université de Chicago, cumulant la théologie, la philosophie de la religion et la philosophie de la science. Il vit présentement à Austin au Texas où il a décroché le prix du Meilleur Pasteur/Chef spirituel en 2005 décerné par le journal Austin Chronicle. Il a prononcé ce sermon sur le fascisme, le 7 novembre 2004, au First Unitarian Universalist Church d’Austin. Texte traduit de l’anglais.

On pourrait se demander pourquoi quiconque aujourd’hui voudrait utiliser le mot «fascisme» lors d’une conversation sérieuse à propos de la situation en Amérique. Ça ressemble à une injure mesquine ou à une allusion mélodramatique répétée dans un tas de vieux films de guerre. Mais je suis sérieux. Ce n’est pas du tout mon intention d’être injurieux. J’ai plutôt l’intention de vous convaincre que le genre de gouvernance vers lequel l’Amérique a glissé se décrit très précisément par le mot fascisme et que l’on doit reconnaître les répercussions terrifiantes de ce fait. Voilà où j’en suis aujourd’hui. Et même si je ne réussis pas à vous convaincre, je souhaite quand même élever le niveau de votre réflexion où nous en sommes à présent, introduire quelques nuances et peut-être quelques perceptions utiles.

Le mot « fascisme » vient du latin «fasces», désignant un faisceau de bâtons attachés. Au début de la République romaine, il symbolisait le pouvoir de contraindre et de punir. Les bâtons individuels représentaient les citoyens, et le faisceau représentait l’État. Le message de cette métaphore indiquait que le faisceau est plus important que les bâtons individuels. Si cela vous paraît peu américain, il faut savoir que le faisceau romain figure sur le mur derrière le podium du président de la Chambre des représentants.

Pourtant, c’est un mot ambigu. Quand la plupart des gens entendent le mot «fascisme», ils peuvent penser au racisme et à l’antisémitisme de Mussolini et de Hitler. Il est vrai que le recours à la force et aux boucs émissaires caractérise tous les fascismes. Mais il y avait aussi une dimension économique au fascisme, connu dans l’Europe des années 1920 et 30 sous le nom de «corporatisme», lequel était une composante essentielle aux tyrannies de Mussolini et de Hitler. Le soi-disant «corporatisme» a été adopté en Italie et en Allemagne pendant les années 1930 et a été retenu comme modèle par de nombreux intellectuels et décideurs aux États-Unis et en Europe.

Comme je vous l’ai mentionné il y a quelques semaines (dans «Les corporations vont bouffer votre âme»), la revue Fortune a publié un article-vedette sur Mussolini en 1934, dans lequel on a fait l’éloge de son fascisme à cause de ses aptitudes à briser les syndicats, à démobiliser les ouvriers et à transférer des sommes énormes de ceux qui créaient la richesse à ceux qui la contrôlaient. 

Trop peu d’Américains savent ou peuvent se rappeler combien d’Américains et d’Européens, lors des années 1930, voyaient dans le fascisme économique la vague du futur. Pourtant, l’étude de notre passé pourrait aider à clarifier notre présent et nous aiguillonner vers un meilleur avenir. Je veux donc commencer en remémorant la dernière fois que le fascisme a posé une sérieuse menace à l’Amérique.

Dans le roman de Sinclair Lewis, cela ne peut arriver ici (1935),  un politicien sudiste conservateur accède à la présidence grâce à l’appui d’une émission-débat retransmise nationalement. Ce politicien – Buzz Windrip – mène une campagne basée sur les valeurs familiales, le drapeau, et le patriotisme. Windrip et l’animateur de l’émission dépeignent les défenseurs de la démocratie traditionnelle américaine – ceux préoccupés par les droits et libertés individuelles – comme étant anti-américains. Il y a 69 ans de ça.

L’économiste Lawrence Dennis a été l’un des porte-parole les plus directs du fascisme américain des années 1930. Dans son livre de 1936, L’arrivée du fascisme américain – une arrivée qu’il souhaitait et applaudissait – Dennis a déclaré que les défenseurs de «l’américanisme du 18e siècle» allaient certainement devenir la risée de leurs compatriotes.  Dennis déplorait que les «normes de droits libérales et les garanties constitutionnelles des droits privés» soient la pierre d’achoppement au développement du fascisme économique.

Il est donc important que nous reconnaissions que le fascisme, en tant que système économique, était largement accepté dans les années 1920 et 1930, et presque vénéré par quelques industriels américains puissants. Et le fascisme a toujours été explicitement opposé à toutes formes de libéralisme.

Selon la vision de Mussolini, l’un des créateurs du fascisme moderne, l’ennemi c’était les idées libérales. Il a écrit : «La conception fasciste de la vie insiste sur l’importance de l’État et accepte l’individu en autant que ses intérêts coïncident avec ceux de l’État. Elle s’oppose au libéralisme classique (lequel) a renié l’État au nom de l’individu; le fascisme réaffirme les droits de l’État comme étant l’expression de la véritable essence de l’homme». (Avec l’aide de Giovanni Gentile, Mussolini a écrit en 1932 un article pour l’Encyclopédie italienne dans lequel il donne la définition du fascisme. Vous pouvez lire l’article intégral à http://www.fordham.edu/halsall/mod/mussolini-fascism.html)

Mussolini croyait que la protection étatique des droits individuels était contre nature. Il croyait que l’essence du fascisme faisait du gouvernement le maître et non le serviteur du peuple.

Encore est-il que le mot fascisme soit, pour la plupart d’entre nous, complètement étranger. Nous devons savoir ce que c’est et comment le reconnaître, quand nous le voyons.

Dans un essai qu’il a coquettement intitulé «On vous sert le fascisme?», Lawrence Britt (1), identifie ce qu’il y a de commun dans les programmes sociaux et politiques des régimes fascistes. En comparant Hitler, Mussolini, Franco, Suharto et Pinochet, il a produit cette liste de 14 «caractéristiques reconnaissables du fascisme». (L’article qui suit est tiré de la revue Free Inquiry, volume 23, numéro 2. On peut le consulter à http://www.secularhumanism.org/library/fi/britt_23_2.htm. Voyez ce que ça peut évoquer).

1. Un nationalisme puissant et tenace

Les régimes fascistes ont tendance à constamment exploiter des devises patriotiques, des slogans, des symboles, des chansons et autres attirails. Les drapeaux sont omniprésents, comme le sont des dérivés de drapeaux sur le linge et sur l’affichage public. 

2. Dédain pour la reconnaissance des droits humains

À cause de la peur de l’ennemi et le besoin de sécurité, le peuple dans les régimes fascistes est convaincu qu’il y a un «besoin», dans certains cas, d’ignorer les droits humains. Le peuple a tendance à détourner le regard ou même d’approuver la torture, les exécutions sommaires, les assassinats, l’incarcération prolongée des prisonniers, etc.

3. L’utilisation d’ennemies/boucs émissaires comme cause commune

Le peuple est rallié en une frénésie patriotique autour de la perception d’une menace commune ou d’un ennemi : des minorités raciales, ethniques ou religieuses;  les libéraux; les communistes; les socialistes; les terroristes; etc.

4. La suprématie de l’armée

Même quand les problèmes intérieurs sont nombreux, l’armée se voit accorder un montant disproportionné des fonds gouvernementaux et les programmes intérieurs sont négligés. Les soldats et le service militaires sont idéalisés.

5. Un sexisme répressif

Les gouvernements des nations fascistes ont tendance à être presque exclusivement dominés par les hommes. Sous les régimes fascistes, les rôles sexués traditionnels sont plus rigides. L'opposition à l’avortement est élevée ainsi que l’homophobie,  la législation et la politique nationale anti-gaie.

6. Des médias de masse sous contrôle

Parfois, les médias sont directement contrôlés par le gouvernement, mais dans d’autres cas, les médias sont contrôlés indirectement par une réglementation gouvernementale ou par des porte-parole et des dirigeants sympathiques (aux vues du gouvernement).  La censure, surtout en temps de guerre, est très commune.

7. Une obsession avec la sécurité nationale

Le gouvernement exploite la peur comme instrument pour motiver les masses.

8. L’amalgame de la religion et du gouvernement

Les gouvernements des nations fascistes ont tendance à se servir de la religion la plus répandue de la nation comme outil de manipulation de l’opinion publique. Les dirigeants du gouvernement font un usage courant de la rhétorique et de la terminologie religieuses, même quand les principaux credo de la religion sont diamétralement opposés aux politiques et aux actions du gouvernement.

9. La protection du pouvoir des entreprises

C’est souvent l’aristocratie de l’industrie et des affaires d’une nation fasciste qui a mis les dirigeants du gouvernement en place, créant ainsi une relation avantageuse entre les affaires et le gouvernement, et pour l’élite du pouvoir.

10. La suppression du pouvoir des travailleurs

Parce que la seule véritable menace pour un gouvernement fasciste est le pouvoir des organisations de travailleurs, les syndicats sont soit entièrement supprimés soit sévèrement réprimés.

11. Le mépris pour les intellectuels et les arts

Les nations fascistes ont tendance à promouvoir et à tolérer une hostilité ouverte à l’endroit de l’éducation supérieure et le milieu universitaire. Il n’est pas rare de voir des professeurs et autres universitaires censurés ou même arrêtés. La libre expression dans les arts est ouvertement attaquée et les gouvernements refusent souvent de financer les arts.

12. Une obsession avec le crime et le châtiment

Dans les régimes fascistes, la police obtient des pouvoirs presque illimités pour faire respecter la loi. Les gens acceptent souvent de fermer les yeux sur les abus de la police et même de renoncer à des libertés civiles au nom du patriotisme. Le pouvoir de la police nationale est souvent pratiquement illimité dans les nations fascistes.

13 Le règne du favoritisme et de la corruption

Les régimes fascistes sont presque toujours gouvernés par des groupes d’amis et d’associés qui se nomment à des postes au gouvernement et utilisent l’autorité et le pouvoir du gouvernement pour protéger leurs amis de l’obligation de rendre des comptes. Dans les régimes fascistes, il n’est pas rare que les dirigeants au pouvoir s’approprient ou volent carrément des ressources ou même des trésors nationaux.

14. Des élections frauduleuses

Quelquefois, les élections dans les nations fascistes sont complètement factices. D’autres fois, les élections sont manipulées grâce à des campagnes de diffamation contre les candidats de l’opposition, voire leur assassinat, l’utilisation de la législation pour contrôler le nombre des votants ou les limites des circonscriptions et la manipulation des médias. Les nations fascistes utilisent aussi systématiquement leur système judiciaire pour manipuler ou contrôler les élections.

Les étudiants en science politique reconnaîtront cette liste. Mais les étudiants en religion devraient aussi la reconnaître, puisqu’elle reflète le programme social et politique des fondamentalismes de par le monde. Elle nous est à la fois précise et utile pour comprendre que le fondamentalisme est du fascisme religieux et que le fascisme est du fondamentalisme politique. Les deux tirent leurs origines de nos composantes les plus primitives qui ont toujours été la définition par défaut (2) de notre espèce : bienveillance envers notre groupe d’appartenance, inimitié envers l’exogroupe, déférence hiérarchique envers le type de mâle Alpha, un lien puissant avec son territoire, et ainsi de suite. Toutes les civilisations ont tenté de nous hisser au-dessus de cette définition par défaut, mais la civilisation est toujours quelque chose de fragile qui doit constamment se renouveler.

Mais encore, ceci n’est pas la première rencontre entre l’Amérique et le fascisme.

Le vice-président Henry Wallace raconta que le New York Times, au début de 1944, lui avait demandé de rédiger «un texte qui répondrait aux questions suivantes : Qu’est-ce que le fascisme? Combien de fascistes avons-nous? En quoi sont-ils dangereux?

Les réponses du vice-président Wallace à ces questions ont été publiées dans le New York Times du 9 avril, 1944, à l’apogée de la guerre contre l’Axe Allemagne-Japon. Voyez et constatez jusqu’où ses propos peuvent s’appliquer à notre société contemporaine.

Wallace écrivit, «Le fasciste vraiment dangereux est celui qui veut faire aux États-Unis de façon américaine ce que Hitler a fait en Allemagne de façon prussienne. Le fasciste américain préférerait éviter la violence. Il procède en empoisonnant les chaînes d’information au public. Le défi pour le fasciste n’est jamais de savoir comment présenter la vérité au public, mais plutôt comment exploiter le bulletin de nouvelles pour tromper le public et l’amener à accorder plus d’argent et de pouvoir au fasciste et à son groupe.»

Dans sa condamnation sévère de la vague de fascisme qu’il voyait se lever en Amérique, Wallace ajoutait :

«Ils se déclarent archi-patriotes, mais ils détruiraient chaque liberté garantie par la Constitution. Ils exigent la liberté d’entreprise, mais se font le porte-parole du monopole et du privilège. Toute leur supercherie est dirigée vers leur objectif ultime de saisir le pouvoir politique pour qu’ils puissent, en utilisant simultanément le pouvoir étatique et le pouvoir du marché, garder le simple citoyen en état d’assujettissement permanent. » 

Il y a présentement plusieurs armes pour garder le simple citoyen en assujettissement perpétuel, dont l’ALENA, l’Organisation mondiale du commerce, l’anti-syndicalisme,  les coupures des bénéfices des ouvriers jumelées aux augmentations accordées aux PDG,  l’élimination des bénéfices, de la permanence et des pensions des salariées, des taux d’intérêt usuriers sur les cartes de crédit, l’externalisation des emplois – sans mentionner le plus grand réseau carcéral au monde.

L’orage parfait

Notre récente descente vers le fascisme s’est produite par le biais d’une espèce d’orage parfait, la confluence de trois écoles distincte de pensée qui se renforcent mutuellement.

1. Le premier courant de pensée fut celui du rêve impérialiste du Projet pour un nouveau siècle américain. Je crois que personne ne peut comprendre ce qui s’est passé lors des quatre dernières années sans lire le Projet pour un nouveau siècle américainReconstruire la défense de l’Amérique») publié en septembre 2000 et rédigé par plusieurs joueurs clés  dans le gouvernement Bush y compris Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Richard Perle et Donald Kagan, pour ne nommer que ceux-là. Ce rapport voyait dans la chute du communisme une occasion pour l’Amérique de devenir le maître militaire de la planète et de fonder un nouvel empire mondial. Ils ont précisé le niveau de croissance militaire requis et ont ensuite déploré que cette merveilleuse croissance prenne beaucoup de temps à moins qu’un événement catastrophique et catalyseur, tel un nouveau Pearl Harbour, vienne permettre aux leaders de transformer l’Amérique en pays militaire et militariste. Dans ce rapport il n’y avait aucune mention claire concernant la religion ni aucun intérêt exprimé dans les politiques économiques domestiques.

2. Un deuxième courant puissant doit être attribué à Pat Robertson et ses Chrétiens renconstructionistes, ou dominionistes. Même si plusieurs d’entre nous l’avaient toujours traité de cinglé, le style chrétien dominioniste qu’il prêche depuis le début des années 1980 figure maintenant parmi les voix religieuses les plus fortes au sein de l’administration Bush.

Katherine Yurica, qui a transcrit plus de 1,300 pages de procès-verbaux des interviews diffusés lors de l’émission 700 Club de Pat Robertson lors des années 1980, a démontré que Robertson et ses invités triés sur le volet ont constamment, ouvertement et passionnément soutenu que les États-Unis devaient devenir une théocratie sous le contrôle des dominionistes.

Robertson a déclaré formellement que la démocratie est une forme de gouvernement épouvantable à moins qu’elle ne soit gérée par des chrétiens de son acabit. Aussi, peste-t-il constamment contre l’imposition des riches, contre le système d’éducation, les programmes sociaux et le bien-être social – et il préfère le verset 28 du Deutéronome à l’enseignement de Jésus. Il dit clairement que les femmes doivent rester au foyer, servantes soumises des hommes, et que l’avortement et l’homosexualité doivent être interdits.  Il dit clairement aussi que les autres types de chrétiens, y compris les épiscopaliens et les presbytériens, sont les ennemis du Christ. (voir le Rapport Yurica ou The Despoiling of America de Katherine Yurica sur le web).

3. La troisième composante majeure de cet orage parfait a été la ploutocratie souhaitée par des Américains richissimes et des PDG de grandes sociétés, laquelle favorisera les profits des biens nantis et l’appauvrissement de la grande majorité des gens, la destruction des syndicats et le concours du gouvernement dans l’atteinte de ces objectifs cupides. C’est une situation que certains ont nommé le socialisme des riches et le capitalisme des pauvres et dans laquelle d’autres reconnaissent la réincarnation du darwinisme social. Cette école de pensée a été omniprésente dans l’histoire américaine. Il y a soixante-dix ans, en 1934, on a tenté de financer un coup d’état pour déposer Franklin Delano Roosevelt et installer le général General Smedley Butler comme dictateur fasciste.  Heureusement, ils sont tombés sur un général qui était un patriote convaincu; il a refusé et il a dénoncé le complot dans ses discours et ses écrits. Aujourd’hui, nous raconte le professeur de droit canadien Joel Bakan dans son livre et son film intitulés The Corporation, on a réussi un coup d’état sans tirer un seul coup de feu.

Nos ploutocrates n’ont aucun intérêt religieux en particulier.  Leurs intérêts globaux sont impérialistes et sur la scène domestique ils veulent démanteler toutes les réformes du New Deal de Franklin Delano Roosevelt, lesquelles avaient permis la montée de la classe moyenne américaine après la Deuxième Guerre mondiale.

Il y a un autre vent contraire dans cet Orage parfait qui, malgré sa grossièreté, est néanmoins tout à fait significatif : il s’agit de l’aventure sordide du Président Clinton avec une jeune, mais consentante, stagiaire à la Maison blanche. L’incident et les mensonges sordides de Clinton par la suite ont rallié les conservateurs autour de leur certitude que les «libéraux» n’avaient ni repères moraux ni souci moral et qu’ils représentaient donc une menace sérieuse à la fibre morale de l’Amérique. Quoiqu’il soit difficile d’en mesurer les conséquences de ceci, je crois qu’elles ont été profondes.

Ces composantes de l’«orage» ne sont pas nécessairement liées et elles proviennent de différents groupes de penseurs qui, pour la plupart, ne s’aimeraient pas. Mais ensemble, ils forment un vaste réseau de direction et de contrôle, lequel dirige présentement l’Amérique et souhaite dominer le monde.

Ce qui s’en vient

Lorsque tous les fascismes évoquent le même ordre du jour social et politique (les 14 points énumérés par Britt), il n’est pas difficile de prédire où un nouveau soulèvement fasciste va nous mener. Les gestes des fascistes ainsi que les effets sociaux et politiques du fascisme et du fondamentalisme sont clairs et saisissants. Voici ce qui se passera, ce qui risque de se dérouler dans notre pays dans les prochaines années :

* Le vol de la caisse de sécurité sociale, les fonds étant transférés à ceux qui contrôlent l’argent, et l’indigence croissante de ceux qui dépendent de la sécurité sociale et des programmes de bien-être.

* Un nombre croissant de gens sans assurance dans ce pays qui a déjà le plus haut pourcentage parmi les pays développés de gens sans assurance médicale.

* La multiplication des coupures dans le financement du système scolaire public conjugué avec une augmentation des chèques d’éducation incitant les Américains à confier l’éducation de leurs enfants aux écoles chrétiennes.

* Encore des restrictions des droits civiques transformant l’Amérique en état policier ce qui est essentiel au fonctionnement du fascisme. 

* Le retrait sensible de tout l’appui financier à la Radio publique nationale et au Réseau de télédiffusion publique. Quand ils sont à leur meilleur, ces médias encouragent le questionnement critique et sont ainsi perçus comme des ennemis de la propagande gouvernementale.

* La remise en vigueur de la conscription de laquelle les enfants des privilégiés seront encore une fois exemptés laissant les jeunes défavorisés se battre et mourir dans ces guerres de l’impérialisme et de la cupidité qui ne leur rapportent rien de toute façon. (Voilà mon sermon éclair pour la Journée des anciens combattants de cette année).

* Encore des invasions impérialistes, de l’Iran entre autres, et la construction d’une énorme ambassade permanente en Iraq.

* Des restrictions accrues sur la liberté de parole, sous prétexte de sécurité nationale.

* Un contrôle de l’Internet pour éliminer ou handicaper son rôle d’outil de communication libre, non assujetti au contrôle gouvernemental. On dira qu’il s’agit d’une mesure anti-terroriste nécessaire.

* Des tentatives d’éliminer l’exonération d’impôt des églises comme la nôtre en les accusant d’être anti-américaines.

* Un contrôle plus serré de la partialité éditoriale de presque tous les médias et la diabolisation des médias qu’ils ne peuvent pas contrôler – Le New York Times par exemple.

* Le maintien de l’externalisation des emplois, y compris de plus en plus de postes de cols-blancs, afin de réaliser des profits accrus pour ceux qui contrôlent l’argent et dirigent la société en condamnant simultanément les ouvriers américains au désespoir et à l’impuissance.

* Des démarches dans l’industrie bancaire visant à rendre impossible, à un nombre croissant d’Américains, la possibilité de devenir propriétaires de leur propre maison. Comme lors des années 1930, ceux qui contrôlent l’argent savent qu’il est plus avantageux et plus profitable d’avoir des locataires plutôt que des propriétaires.

* La criminalisation des protestataires traités comme anti-américains et une augmentation des arrestations, des détentions et du harcèlement.  Nous avons déjà le plus haut pourcentage au monde de nos concitoyens en prison. Ce pourcentage augmentera.

* Dans un futur rapproché, il sera illégal ou du moins dangereux de dire les choses que je vous ai dites ici ce matin.

Dans un récit fasciste, ces choses sont anti-américaines. Dans l’histoire véritable de l’Amérique démocratique, elles étaient perçues comme étant profondément patriotiques, le genre de questions pointues qui assuraient la survie de l’esprit américain – le genre de questions qu’incidemment nos médias seraient censés  poser.

Ces intrigues peuvent-elles réussir? Je ne le crois pas. Je crois qu’elles sont funestes, rapaces et démentielles. Mais je ne sais pas. Peut-être qu’elles le peuvent. Des procédés semblables ont réussi dans des pays comme le Chili, où une démocratie dans laquelle la participation au scrutin est passée de 90 % à 20 % parce que disent-ils, comme tant d’Américains ont commencé à dire, peu d’importance pour qui on vote.

L’espoir

Entre-temps, y a-t-il de l’espoir ou devons-nous nous rassembler comme des lemmings et sauter d’un précipice? Oui, il y a toujours de l’espoir même s’il est parfois difficile à entrevoir comme à présent.

Certains commentateurs commencent aussi à dire ce que je prêche et ce que j’écris depuis bientôt vingt ans : les libéraux américains doivent aller au-delà du libéralisme politique, avec sa vision étriquée des droits individuels qui néglige les responsabilités de l’individu à l’endroit de la société. Les libéraux auront à développer une vision plus globale avec des assises morales et religieuses. Il ne s’agit pas d’églises chrétiennes.  Il s’agit de l’héritier légitime du christianisme. Cet héritier légitime n’a pas besoin de religion, mais doit avoir un pouvoir moral clair et doit pouvoir convenir aux pensées et aux cœurs d’une majorité d’électeurs américains.

Et cette nouvelle vision libérale doit être plus vaste que la vision religieuse conservatrice qui va nommer les juges, écrire les lois et faire dériver les normes culturelles vers la haine et l’exclusion dans un avenir prévisible. Les conservateurs méritent notre admiration. Ils ont employé les trente dernières années à étudier la politique américaine, à forger leur vision et à maîtriser les façons de contrôler le système. C’est réussi. Ils ont gagné. Les libéraux pourront toujours développer leur vision, ils auront quand même un travail accaparant à accomplir. Cela ne se fera pas rapidement. Ce n’est même pas évident que les libéraux veuillent le faire; ils pourraient préférer couler avec ce navire qui leur est familier.

Michael C. Ruppert, dont les articles semblent trahir une grande tension, est un homme infatigable dans ses recherches et ses critiques du glissement de l’Amérique vers le fascisme. Il nous propose quand même quatre possibilités que nous pouvons appliquer dès maintenant et elles semblent à ce point fondées dans la réalité que je les partagerais volontiers avec vous. Comme on est en Amérique, elles sont toutes axées sur l’argent.

* Premièrement, il faut régler ses dettes.

* Deuxièmement, il faut dépenser son argent sur des choses qui nous donnent de l’énergie et qui nous procurent de l’information. 

* Troisièmement, il ne faut pas dépenser un seul sou dans les banques, les médias et les corporations qui nous servent des mensonges et qui rendent choquent et épuisent.

* Et quatrièmement, apprenez comment l’argent fonctionne et utilisez-la comme une arme (politique) – comme, croit-il, le reste du monde fera contre nous.

(de http://www.fromthewilderness.com/free/ww3/110504_snap_out.shtml)

voilà les conseils qu’il nous offre cette semaine. Un autre conseil, vieux de soixante ans, nous vient de Henry Wallace, le vice-président de Roosevelt. Wallace nous a dit : «Pour que la démocratie puisse écraser le fascisme, elle doit… développer la capacité de maintenir le plein emploi tout en maintenant un budget équilibré. Elle doit placer les gens avant l’argent. Elle doit faire appel à la raison et à la décence et non à la violence et à la duplicité. Nous ne devons accepter ni un gouvernement oppressif ni une oligarchie industrielle sous forme de monopoles et de cartels. »

On peut comprendre aussi que le fascisme est une forme de colonialisme. Une définition simple du «colonialisme» : la capacité de dérober aux gens leur histoire et de les confiner à des rôles de soutien dans un scénario où on les dépossède au profit des autres. Quand vos taxes soutiennent un gouvernement qui vous exploite pour servir les fins des autres vous êtes, ironiquement, dans un état de taxation sans représentation. Voilà où notre pays a commencé et voilà où nous en somme à présent.

Je ne sais pas quelle est la prochaine étape. Je ne suis pas un militant politique;  je suis un simple pasteur. Mais, indépendamment de ce que vous faites, de ce que nous faisons, je souhaite que nous puissions nous rappeler des choses essentielles que je perçois comme étant éternellement vraies. Une de ces choses : la vaste majorité des gens sont des bonnes et décentes personnes qui pensent et agissent du mieux qu’elles peuvent. Très peu de gens sont méchants, quoiqu’il y en a. Mais nous vivons tous dans des familles ou certains de nos proches parents appuient des choses que nous détestons. Je crois que leurs intentions sont bonnes et nous pouvons recréer des liens si nous faisons preuve d’une plus grande compréhension, d’une plus grande compassion et que nous proposons un scénario réaliste plus inclusif et responsabilisant pour la majorité que nous sommes.

Ceux d’entre nous qui préfèrent vivre selon un scénario fondé sur la réalité,  au lieu de vivre comme des serfs sous une idéologie conçue pour accorder le pouvoir, le possible et l’espoir à une petite élite régnante, avons une longue et difficile tâche, individuelle et collective. Ça ne sera ni rapide ni facile.

Mais nous réussirons. Nous irons de l’avant avec espoir et courage. Cherchons un meilleur chemin et trouvons le courage de nous y engager – un pas à la fois.

(1)Lorsqu’il a prononcé ce sermon, Davidson Loehr,  comme plusieurs d’entre nous, croyait que Lawrence Britt (sur certains sites Laurence Britt) était un politicologue détenteur d’un doctorat. Il nous dit qu’il a appris depuis que M. Britt est un romancier.

V7N2 Tribune libre unitarienne vol.7 no. 2. 2011, numéro consacré à la droite religieuse.