Tribune libre unitarienne, Vol.7, No.1, 2011, numéro consacré à l'humanisme unitarien universaliste.

Un apprenti pasteur en manque de racines unitariennes universalistes (UU),  par Curtis Murphy.

Curtis Murphy est Youth Programs Coordinator à l’ Unitarian Church of Montreal. Paru dans le Canadian Unitarian Newsletter, vol.53, no.1, Spring 2011, et traduit par nous en anglais avec l’autorisation de son auteur.

Mes idées changent constamment, elles se déplacent sans arrêt autour d’un centre unique. De quelque angle que ce soit, j’aperçois ce centre sans arrêt. Donc, je serai sans cesse accusé d’incohérence. Mais, je ne serai plus là pour entendre l’accusation.

Ce propos provient de Thomas Merton (1915-1968), moine catholique contemplatif et auteur. Plusieurs unitariens universalistes ont tendance à croire que le catholicisme est tout à fait l’opposé de ce qu’est notre religion. Les catholiques insistent sur la doctrine, le rituel et la tradition, et s’appuient sur l’autorité pour définir la nature de Dieu et la vérité. D’autre part, les UUs valorisent le scepticisme, l’innovation et l’individualisme. Ils perçoivent les « grandes questions » comme autant de sujets de discussion ouverts à une constante exploration personnelle.

Ce qui m’étonne chez Merton, c’est que l’opposition entre se déplacer (évoluer pour ainsi dire), et rester centré est tout autant pertinente pour nous que pour quiconque. La majorité des religions insistent sur un ensemble de croyances et de pratiques, ce qui représente un défi de taille pour y trouver un espace de liberté de pensée et de libre expression.

Je sais que plusieurs UUs ont choisi cette église parce qu’ils avaient besoin de cet espace. Las des règles et des rituels, ils ont trouvé ici une nouvelle vie dans une communauté libérée des dogmes et de l’emprise de l’autorité, et qui offrait un espace pour s’épanouir. C’est cette liberté que nous acclamons. Et nous nous définissons par rapport à elle.

Malgré tout, ayant grandi dans cette tradition, j’en suis venu à ressentir un grand vide dans tout cet espace. À force d’insister sur des valeurs comme le libéralisme, l’individualisme et le progrès – pour moi des mots mutilés – nous nous donnons très peu de points d’appui. Nous ne voulons pas être gavés d’idées et de croyances, mais nous avons quand même besoin d’être nourris. Combien aurons-nous à offrir en retour si nous demandons si peu?

Nous nous croyons aux antipodes d’une religion aussi puissante et doctrinale que le catholicisme, alors, qu’en vérité les contraires ne sont souvent que de véritables doubles. Thomas Merton a dû affirmer son droit à l’incohérence, à regarder le centre d’après différents points de vue. Lors de la formation de mon identité UU, j’ai ressenti l’urgent besoin vital d’avoir un centre quelconque. Naguère, j’ai cru devoir quitter le groupe UU pour une communauté qui sache mieux répondre à mes aspirations religieuses et les affiner, pas seulement les reconnaître. Mais grâce à mes mentors et à mes camarades dans le groupe des jeunes adultes, non seulement je suis toujours ici, mais je suis en train d’entreprendre des études pour devenir pasteur avec beaucoup d’enthousiasme.   

Invisibles, les racines d‘un arbre s’enfoncent aussi profondément que s’élève la cime de ses branches. Autrement dit, un arbre ne grandit vers le haut et vers l’extérieur qu’en fonction de la profondeur et de la puissance de ses racines. Si nous ne cherchons qu’à nous ouvrir et à nous déployer, nous nous verrons, peu importe la force de nos aspirations, empêchés d’y parvenir, faute de profondeur. Paradoxalement, pour devenir plus inclusifs, accueillants et ouverts à la diversité dont on nous parle sans cesse, nous aurons probablement besoin d’articuler une identité plus forte. Au bout du compte, les gens ne veulent pas seulement être inclus. Ils veulent être inclus dans quelque chose.

Alors, c’est quoi ce quelque chose qu’on appelle l’unitarianisme universalisme? Je suis ravi de savoir que c’est probablement quelque chose de différent pour chacun d’entre nous. Mais il reste que j’ai parfois l’impression qu’on dépense plus d’énergie pour ne pas faire valoir des croyances particulières que pour créer quelque chose dans laquelle il vaut la peine de croire. Il n’est pas nécessaire que la profondeur, la permanence et la vérité soient rigoureuses ou oppressives. Elles peuvent être chaleureuses et humaines d’un seul coup de cœur. J’ai besoin d’un centre pour avoir quelque chose à embrasser.

Tribune libre unitarienne, Vol.7, No.1, 2011, numéro consacré à l'humanisme unitarien universaliste.