TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL,5, NO.1 août 2009

Avant-propos de Fabrice Descamps

Le présent numéro de Tribune Libre Unitarienne s'est donné pour tâche d'aborder la question du ou des fondements de la morale. Rien de plus évident en effet, pour des membres de groupes religieux tels que nous, que de se demander si leurs pratiques ecclésiales ou leurs déclarations de principe(s) fournissent à la morale des bases solides pour leur vie quotidienne et des valeurs pour les guider dans leurs choix et leurs actes. 

Bien évidemment, ce numéro ne prétend pas à l'exhaustivité, il ne cherchera pas à donner l'illusion au lecteur que nous ayons fait le tour du sujet. Il livrera seulement la faible lueur que certains d'entre ses rédacteurs ont cru un instant percevoir alors qu'ils tâtonnaient dans la caverne de Platon à la recherche d'une seule toute petite vérité morale, si minime fût-elle. 

L'article qui ouvre la série, « L’universalité de la conscience morale », est un travail de jeunesse de notre ami et collaborateur Léo Poncelet. Léo y révèle qu'il fut, en son jeune temps, un partisan éloquent de la théorie du droit naturel, chère à l'Église catholique depuis Thomas d'Aquin. La théorie du droit naturel ou jusnaturalisme, quand on est pédant comme moi et qu'on veut montrer à tout le monde qu'on a fait du latin, prétend que le fondement de la morale se trouve dans la nature même de l'homme, d'où son nom, et que cette nature humaine nous relie aussi à la nature même du monde, ce qui est une deuxième manière tout aussi valable de présenter la théorie. On évitera donc de croire que la théorie du droit naturel soit la traduction philosophique d'un néo-paganisme qui veut fonder toute morale sur un culte de la Nature, avec un grand N. Certes le néo-paganisme qu'on rencontre dans certains cercles unitariens implique une morale entée sur le droit naturel, mais la réciproque n'est pas vraie, comme le prouve la théologie catholique qui promeut aussi le jusnaturalisme. 

Le deuxième article, « L'utilitarisme, une morale laïque », écrit par votre serviteur, prend le contre-pied du premier en rejetant la théorie du droit naturel et en défendant son principal concurrent dans le domaine éthique, l'utilitarisme. Là encore, toute confusion sur les mots est à éviter : l'utilitarisme n'est pas une doctrine morale qui rejette tout ce qui n'est pas strictement utilitaire, mais affirme simplement que la recherche du bonheur en société est le fondement de la morale. La difficulté de cette position consiste évidemment ensuite à bien distinguer l'utilitarisme de l'égoïsme rationnel, ce à quoi s'emploie cet article. 

L'article suivant, « Le singe en nous », est un sermon du pasteur unitarien Anthony Davis, où Anthony démontre clairement que, certes nous sommes de grands singes, mais que cela ne signifie pas, comme on prétend souvent, que nous n'ayons aucun sens moral puisque les singes ont un sens moral. 

Vient ensuite un autre sermon, « Un phare d'espoir » par Hannelore Poncelet-Daniel (eh oui, TLU est une grande famille!) où la prédicatrice passe en revue certaines écoles de pensée, comme la phénoménologie, la sociologie néo-braudélienne d'Immanuel Wallerstein, la théorie du bouc émissaire chère à René Girard, pour finir par réhabiliter les Églises comme lieux possibles d'élaboration d'un code éthique partagé.

L'avant-dernier article de notre numéro de TLU, « L'éclipse de la foi », est un sermon du pasteur unitarien Peter Morales. Peter y renvoie dos à dos ceux qui, à l'instar du téléévangéliste Pat Robertson, confondent foi et intégrisme, et ceux qui, comme Richard Dawkins, rendent à l'inverse la foi responsable de tous les fanatismes. 

C'est également le propos de l'article suivant de Fabrice Descamps (encore lui, pfuu!), « Dieu est-il mort? », qui ne voit aucune contradiction entre la défense d'une morale laïque, telle que l'utilitarisme, et l'affirmation de l'existence de Dieu, à la condition expresse de renouveler de fond en comble notre compréhension du concept de Dieu et d'abandonner l'idée d'un dieu personnel. Comme Hannelore et Peter, Fabrice pense qu'on peut et doit sauver la religion car elle offre le seul moyen que nous connaissions d'échapper au relativisme moral. 

Et notre numéro se clôt par deux recensions d'ouvrages qui, vous le verrez, entretiennent d'étroits rapports avec les autres articles.

Niort, France, Union Européenne, juin 2009

TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL,5, NO.1 août 2009