TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL.4, NO.2, décembre, 2008 

AU-DELÀ DE LA RELIGION : VERS UNE SPIRITUALITÉ LAÏQUE, par Andréa Richard.  

(Adaptation d’un discours donné à l’église unitarienne de Montréal lors de la célébration en français, dimanche le 25 octobre 2008, par Andréa Richard.  Celle-ci est auteure et vit à Trois-Rivières. Née à Bouctouche dans le pays de la Sagouine, cette femme a connu une vie extraordinaire. Devenue Sœur cloîtrée très jeune, elle décida de changer d’orientation vers l’âge de trente cinq ans, durant la révolution tranquille).

Mesdames et messieurs, bonjour.

Pour vous, je vais d’abord évoquer mes trois derniers livres qui sont : Femme après le cloître, Au-delà de la religion et L’essence de la vie.

Femme après le cloître relate ma vie consacrée à la religion et au surnaturel, cheminement que je dirais aujourd'hui être à l'envers, car j’ai découvert plus tard qu’il faut chercher le sens du sacré et du divin dans l’humain et dans la nature. C’est là où la vie prend tout son sens.

Au delà de la religion dénonce-mais dénonce pas pour dénoncer. Il dénonce pour informer, éduquer, faire évoluer. Il dénonce quoi? Le pouvoir usurpateur. Ce n'est pas vrai, que Jésus, (qui a parlé à qui?, je ne sais pas)… ait institué, comme on le dit, une religion et une Église. Jésus, grand prophète, n'a jamais fondé d'Église, ni de religion. Mais il a bien apporté une philosophie de vie basée sur des valeurs humanitaires et universelles : fin de la guerre, la recherche de la paix, la justice, la solidarité, l'amour. Bref, il a mis de l’avant une spiritualité qui vient de l’âme et de l’esprit.

L'Église fut officiellement instituée beaucoup plus tard par Constantin qui en fit, bien entendu, un pouvoir politique. Il a institué une doctrine, ce qui veut dire un endoctrinement au détriment de la spiritualité que Jésus venait incarner. La preuve.  Avant l'an 325, date du Concile de Nicée, les Pères de l'Église étaient en désaccord et vivaient des divisions profondes, des divisions d’ordre dogmatique et théologique. Il fallait trancher. Ce qui a permis à l’Église de consolider son statut politique. C’est à ce moment, voyez vous, qu’on mît dans le ciment les dogmes qu'il faut croire, qu'il ne faut pas questionner, qu'il ne faut pas mettre en doute.

Ce que j'aime dans cette communauté de vie que vous formez ici, ce qui m'a frappée, c'est que cette communauté se nomme mouvement. Mouvement dit ouverture d'esprit. Étant un mouvement, vous êtes donc ouverts, à l'écoute des autres, à ce qu’ils ont à dire, qu'ils soient athées, croyants ou agnostiques. Dans votre communauté, il n'y a pas de discrimination non plus à propos de l'orientation sexuelle, qu'on soit lesbienne, homosexuel ou autre. Tout le monde est bienvenu. Ici, c'est vraiment la spiritualité de Jésus et de tous les grands prophètes. Il n’y a pas d’exclus.

Le dernier des trois livres  est L'essence de la vie.  Le sens de la vie n'est pas du tout comme on a voulu nous le faire accroire. Cela n’a rien à voir avec un ciel à gagner, l'enfer à éviter, son âme à sauver. Le véritable sens de la vie est à l'intérieur de la vie elle-même, qui est pleine d'essence. Les autorités religieuses utilisent un langage démagogique pour nous faire accroire qu'on ne peut pas avoir un sens à la vie en dehors d’une religion. Moi personnellement, je me permets de dire mes croyances ici parce qu'on m'a dit que vous êtes un groupe ouvert, voire même qu’il y aurait ici des athées et des agnostiques. Moi, je me dis agnostique. Ce qui peut paraître contradictoire parce qu’au fond de mon âme comme vous pouvez voir de par ma formation religieuse, j'aime croire, ça me fait du bien de croire. Mais pas de croire en un Dieu comme on me l'a enseigné, évidemment, mais en un grand tout qui renferme tout. Si j'avais à le nommer, je le nommerais Nature avec un grand N, à la manière des Amérindiens pour qui la Nature, c'est la vie, l’énergie, Dieu.

Par ailleurs intellectuellement, je suis agnostique. Je  dis aux croyants, rien ne prouve qu'il y a un Dieu et je dis aux non-croyants, il n’y a rien qui prouve qu’il n’y a pas de Dieu. 

Après ce bref aperçu sur trois de mes livres, à vous de partager ma pensée ou non, c'est ouvert…. Moi, je me dis, soyons tous honnêtes, y compris tous les dirigeants des sociétés dans ce monde. Ayons le courage de dire que nous ne  savons pas. Je ne sais pas s'il y a un Dieu ou non. Mais cela ne m’empêche pas d'avoir une spiritualité. L'éducation c'est très important. Elle peut communiquer des valeurs, sans besoin d’une religion.

Je viens du pays de la Sagouine, du Nouveau Brunswick, de Bouctouche. Le pays de la Sagouine, ça veut dire le pays des pauvres, des mendiants, des alcooliques…la misère, la pauvreté. Et… dès l'âge de 12 ans, je me suis aperçue qu'il y avait une dichotomie dans le langage, puisque Jésus de qui on se réclamait, d’une part, disait « allez vers les pauvres, les petits, les exclus, etc. », et, d’autre part, les prêtres et les religieuses favorisaient les mieux nantis dont je faisais partie. Mes parents aidaient beaucoup les pauvres. À Noël ma mère allait porter des paniers de fruits à des gens pauvres qui vivaient dans des maisons au plancher de terre battue ....qui avaient froid.  Mon père aidait les gens sans travail, quiconque venait frapper à sa porte. Donc, ma première motivation pour entrer chez les Petites Soeurs des Pauvres, c’était de secourir les pauvres gens. Les Petites Sœurs des Pauvres est une communauté qui s'occupe des pauvres.

Dès l'âge de 12 ans, je faisais aussi partie du groupe La Croisade Eucharistique.  Puis, évidemment, les prêtres en profitaient pour nous enseigner les dogmes et les doctrines. A ce moment, mon lavage de cerveau avait commencé. On nous présentait Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus comme modèle à suivre. Les religieux et religieuses et les prêtres nous disaient qu’être tout à Dieu pour Dieu, lui consacrer toute notre vie était la plus parfaite des vocations. Alors pour la jeune Andréa, 14 ans 15 ans, ce que les prêtres disaient, c'était  la vérité avec un grand V.  Aujourd'hui, j'ai découvert que le mariage, donner la vie à un enfant, c’est ce qu'il y a de plus beau au monde, c'est très, très beau. Dire que le célibat est supérieur au mariage -c'est ce qu'on disait dans le temps- c’est faux ! La vérité à l’envers ce n'est pas la vérité, bon!

Donc dès 16 ans, je suis entrée chez les Petites Soeurs des Pauvres pour les deux motifs suivant: aider les pauvres et développer une vie intérieure, suivre Jésus. Qu’on ait fait du bien, on ne peut pas regretter cela. Je n'en veux pas aux religieux et religieuses à qui on demandait beaucoup dans les secteurs éducatif et hospitalier. Ils ont accompli de très belles œuvres humanitaires; ils ont fait du très beau travail. Cependant, il faut se le dire, les religieux et religieuses ont été victimes de la religion, soumis à des règlements, comme  vous allez voir, absurdes et inhumains. Je n’ai rien contre l’Évangile, au contraire. Ici je me permets de vous donner des exemples. La vie des Petites Sœurs est une vie de dévouement, cédulée du matin au soir, du soir au matin. Là, je n’ai pas eu le temps de penser, de réfléchir, de m’adonner dans le feu de l’action à la contemplation pour comprendre cette vie intérieure qu'on m’avait fait miroiter.

Alors j'ai demandé de passer chez le Carmélites cloîtrées. J'ai connu beaucoup d'obstacles sur mon chemin. Finalement, une fois chez les Carmélites, ça m'a sauté aux yeux. C'est une secte. Je m'excuse. Pour moi, c’est ça! Mais vous pouvez ne pas partager ma pensée. Pour moi, religieuse cloîtrée, une clôture enfermée, comme mon père disait c'est comme une prison. Je vous donne juste un exemple. Mes parents sont venus me voir à travers une grille, formée de tous petits carreaux; ils ne pouvaient même pas me toucher. Mon père sortait, rentrait, sortait, rentrait.... Alors j’ai dit à Maman,  « qu'est-ce qu'il a papa? ».  Maman se ravise et elle me dit, « Bon, tu veux le savoir? Ton père n'accepte pas que tu sois ici parce que c'est comme dans une prison. Nous, on t'a donné la vie. Nous sommes tes parents et c’est comme si nous étions contagieux. On n’a même pas le droit de te toucher et de t'embrasser. Tu ne trouves pas que c'est dur ça pour nous?». Et ma mère d’ajouter: « À part de ça, c'est contre l'Évangile. Jésus n'a pas mis une barrière entre lui et la vierge. C'est quoi cet affaire là? ».  Ça fait réfléchir, ça!

Nous étions enfermées dans un cloître, alors que Jésus avait dit « allez vers les orphelins et les pauvres, les prisonniers ». Ces pratiques sont antiévangéliques. Ma mère avait raison. Est-ce que Dieu veut toutes ces femmes pour lui tout seul? Si oui, mon mari dit qu’il serait donc un égoïste...

Dans le fond, ce sont de tels événements concrets qui m'ont fait cheminer et réfléchir. Je me suis aperçue que pour toutes ces femmes, c'était vraiment une vie renfermée sur soi. Pour moi, ça donne quoi mon bon Dieu, une sainteté à acquérir, par des prières à répéter comme des perroquets…« Notre père, que ton nom soit sanctifié... »? Il faut savoir intérioriser sa prière en l’approfondissant. Par exemple, en disant « que ton règne de paix vienne en moi » etc… laisser  pénétrer en soi cette paix que l’on demande.

Aussi, j’ai été témoin de pénitences qui frisent la folie. Par exemple, on se donnait le fouet à tous les vendredis.  Au réfectoire où on prenait les repas, j’ai vu une religieuse allongée par terre avec une couronne d'épine sur la tête. Un bon soir, une autre, appelée  la mère Sous-Prieure, s’était mise à frapper à chaque cellule en disant: « Mes Soeurs, priez pour moi, le diable est après moi…je vais me  damner ». Ça fait réfléchir ça!

À la vue d’un homme quelconque, un ouvrier ou n’importe, même un prêtre qui donne une conférence, il faillait vite se voiler le visage. C’est quoi ces peurs de l’autre, ces peurs du sexe, du corps, alors que le corps, c’est quelque chose de beau, de bien? Cela m’a amené à des prises de conscience. Si on avait présenté le corps sous un angle plus positif, au lieu de l’associer à un instrument du péché, je pense qu’il y aurait moins de déviation.

On nous présentait Ste-Thérèse de l’Enfant Jésus comme étant la gloire de  l'Église. Moi, je dis que c’est une honte. Oui, l'Église devrait avoir honte. Une jeune fille de 24 ans qu'on laisse mourir de jeûne, de froid et de pénitence et qui, par conséquence, devient tuberculeuse, n'est-ce pas honteux? Aujourd'hui, les parents les amèneraient en cour. Personnellement, moi, je suis sortie du cloître atteinte de tuberculose. J'ai entendu la Mère Supérieure dire à la Soeur provinciale  "Nous n'avons pas de choix. Il faut la faire soigner parce que son frère est avocat et la famille pourrait revenir contre nous ». Donc, ça veut dire que si vous étiez une religieuse d'une famille sans professionnel, on vous laisserait mourir comme Thérèse de l'Enfant Jésus pour ensuite peut-être vous  canoniser et faire de vous une sainte à adorer! Voyez-vous! 
Pour être honnête avec moi-même, j’ai pris la porte de sortie.

L'esprit ou la loi?  Les Indiens d'Amérique ont en général un sens inné du sacré dit spirituel et mystique, un sens qui se concrétise dans un culte d'admiration et de respect envers la nature, le soleil, l'eau, les arbres, les enfants, l'humain, la personne. Pour eux, c’est ça la richesse, le sacré, le trésor. Cette foi dans la nature et la vie est logique et est à la base de toutes civilisations. Pour les Amérindiens, c'est l'esprit, une spiritualité laïque qui commandait la loi, la loi du respect envers la nature. Cette loi va dans le sens de l'esprit, la loi naturelle inscrite dans le coeur de tous les humains. Comme nous savons par l'histoire, les Père Oblats et l’Église catholique au XIX siècle ont conquis la Terre des Amérindiens. Dès lors leur foi ne devait plus reposer sur la nature et sur la vie, mais sur un Dieu mort et crucifié. Ils devaient troquer leur foi en la vie contre la foi en la mort et la résurrection. L'Église refusait d’écouter les Amérindiens qui essayaient de comprendre la nature en elle-même, pour qui Dieu, la divinité, c'était la vie. Au lieu elle essayait de leur faire comprendre Dieu suivant une théologie tricotée dans toutes sortes d’hypothèses.

Qu'est-ce qu'une religion qui s'impose par la force? Rien que de la manipulation. Avec l’Église la nature se voit privée, je dirais, de son sens sacré. Alexis Carrell disait : « L’Église a tout faussé, tout falsifié, tout divisé. On sépare la liberté de la responsabilité, la moralité de la conduite, le sexe de l’amour, l’esprit de la chair, la raison de la volonté, les races l’une de l’autre, la vie intellectuelle de la vie affective, la religion du vivre et le bien du mal ». Ce n’est plus la personne qui est sacrée, mais c’est un calice, un autel etc. Les prêtres, les religieux et religieuses étaient sacrés, alors que les gens du peuple étaient profanes. Et le profane, c’était le mauvais et le dangereux. Voici l'éducation religieuse que j'ai eue en communauté. Ce qui m’amène à dire que l'Église a détourné l'humanité de la nature et de la vie.

Maintenant voyons de plus près comment on a séparé les choses. On a d’abord juxtaposé des forces pour ensuite les diviser et les opposer les unes aux autres. Par exemple, l’âme de l'homme est immortelle par opposition au corps mortel qu'il faut mépriser comme un instrument du mal. Le religieux et le laïque sont en opposition. Les religieux sont supérieurs. Les laïques sont inférieurs. La virginité s’oppose à la maternité, la virginité étant considérée supérieure. Bref, tout ce qui était naturel est suspect, voire même dangereux.

Donc, en conclusion, pour moi la religion, toutes les religions, ne viennent pas de Dieu, comme on veut nous le faire accroire, mais viennent des hommes qui veulent s'attribuer des pouvoirs sur le  monde, la société et les personnes pour dominer leurs consciences. D'ailleurs,doctrines, le mot le dit, veut dire endoctrinement. C’est quelque chose à ne pas remettre en question, comme  écrit dans le ciment. Prenons, par exemple, l'infaillibilité du pape. Le pape actuel, entre parenthèses, je me permets de le dire puisque c'est écrit partout dans les journaux et ce n'est donc pas un secret ou une calomnie, il est vraiment rétrograde, puisqu'il est plus attaché à la tradition qu’à l’évolution de la spiritualité humaine, une spiritualité à proclamer pourtant. D’ailleurs la mère Thérésa a demandé à Jean-Paul II de vendre les biens du Vatican pour les distribuer aux pauvres.  

Il y des sacrements qui viennent des rites païens. On voulait les supplanter pour quelque chose de parallèle.  D’après moi, toutes les religions sont basées sur des doctrines erronées et des dogmes qui ne sont que mensonges. On a vraiment dévié de ce que Jésus voulait, une spiritualité laïque qui comprend des valeurs humanitaires et universels.

Les valeurs, ça vient de l'esprit, ça se cultive. Dernièrement, Raymond Gravel, prêtre et député, ainsi que moi-même, avons été interviewés par Mme. Christiane Charrette. Monsieur Gravel a dit que la foi est une valeur. Non! La foi n’est pas une valeur. La foi est une croyance. Et selon l’Église une vertu théologale.  Cela c’est de la démagogie pour venir chercher les gens.

Les valeurs ce sont par exemple, la démocratie, la justice, la paix, le respect de la nature.

La spiritualité, c'est méditer, réfléchir, contempler. Pour moi, la spiritualité c'est avant tout une présence, une présence à soi-même, un temps de silence, être à l’écoute de son intérieur. C'est incroyable tout ce qu’on peut sortir de là, comme des pensées de sagesse, un désir d’équilibre. Quand quelqu'un est nerveux, a une inquiétude quelconque, il devrait prendre le temps de s'asseoir, prendre de grandes respirations, prendre le temps pour que la paix descende en lui, qu’elle le pénètre ; prendre le temps de gouter la vie. C'est ça la contemplation. Par exemple, c’est la bonté pas la colère, la compréhension pas l’incompréhension que j'ai besoin  lorsque je deviens irritée par une personne quelconque. C'est tout ça qui vient nous chercher et qui nous rend meilleurs. Mais pour ça il faut être présent à soi-même et il faut apprendre à s'aimer. Il y a tout un chapitre sur l'amour dans mon livre, mais  je ne peux pas tout dire cela dans une demi-heure.

Contempler, c'est  regarder. Mais regarder tellement que ce que tu regardes entre en toi. Regarder dans un coucher de soleil ou des fleurs, tout ce qui se dégage de reflets, de beauté, de sacré. En regardant une personne, tu la découvres, tu viens à l’admirer. L'admiration amène à l'amour. Je parle ici de présence à soi et de présence aux autres de façon que l'amour soit à la fois subjectif, objectif et oblatif. C'est-à-dire, je ne pars pas de moi, je pars de l'autre, de toi. Au lieu de dire, moi je pense ainsi, moi je ....moi, moi, moi, moi, je dis toi, qu'est-ce que tu penses? Toi, qu'est-ce que tu aimerais aujourd'hui?

Être à l'écoute et ensuite être présent évidemment à tout ce qui nous entoure pour sentir, écouter, toucher, c'est d'être présent aux êtres, aux choses. Pour ne pas  passer à côté de la vie en agissant comme des robots, il faut apprendre à savoir être et à savoir faire.  Pour savoir faire, il faut savoir être.  
 
 

TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL.4, NO.2, décembre, 2008