Tribune libre unitarienne, vol. 4, no.1, 2008   

Steve et Azmi : Une amitié israélo-palestinienne, par Maurice Cabana-Proulx  

Il n’est certes pas facile de sauver l’espérance, les choses ne vont pas vite. Quand on peut manifester sa solidarité avec des gens en difficulté, il faut le faire, même si les résultats n’en sont pas très visibles.

Théodore Monod  

La ville de New York a eu ses banlieues rouges. Des immigrants juifs, entre autres, ont peuplé ces quartiers ouvriers, ont travaillé des journées de 14 heures dans les sweat-shop et ont aidé à bâtir les syndicats de lutte du CIO (Congress of Industrial Organisation). Leurs enfants ont participé aux Freedom Rides et ont aidé à éliminer l’apartheid en Amérique; ils et elles ont milité contre la guerre du Vietnam  et pour la paix dans le monde.  

Mon ami Steve, originaire de Brighton Beach (Brooklyn), est fier de cette tradition progressiste, assez fier pour vouloir s’assurer qu’elle demeure tradition vivante. Comme beaucoup de gens épris d’une tradition, il se préoccupe grandement de faire en sorte qu’elle ne disparaisse pas; il la défend maintenant dans son pays d’adoption, Israël, un contexte dans lequel elle est sérieusement menacée. Il exècre la riche bourgeoisie juive qui finance les fanatiques de la colonisation des territoires occupés et les manipulateurs de l’opinion publique américaine. Il est tout à fait scandalisé que la shoa, lui qui a perdu la quasi-totalité de sa parenté européenne dans les camps de la mort, soit exploitée comme paravent pour la politique d’expansion israélienne et la dépossession du peuple palestinien de son pays.  

Il est donc fier et scandalisé mais courageux avec ça. Les Juifs qui osent remettre en question les politiques israéliennes doivent affronter la tempête. Steve ose le faire autant par des petits gestes dans son quartier de Jérusalem que par les brûlots qu’il affiche sur son blogue (www.desertpeace.blogspot.com/). Il n’a pas la notoriété publique de Norman Finklestein, mais il se fait remarquer par certaines personnes qui cherchent à garder espoir et par d’autres qui veulent l’étouffer.

  Steve est de ceux qui croient, qui agissent et qui assument. Partout. Toujours. Dans un contexte où les Palestiniens doivent quotidiennement subir des humiliations, Steve se dresse et s’interpose. Quand un jeune palestinien, étudiant-finissant en droit, est venu frapper à sa porte pour s’enquérir au sujet d’une chambre à louer, Steve l’a prévenu que la relation proprio-locataire n’était pas une option et qu’ils seraient dorénavant amis. Plus tard, quand une agente d’immeuble lui a demandé d’ôter le nom d’Azmi qui figurait à côté du sien sur la boîte aux lettres, parce que ça faisait fuir ses clients juifs, Steve l’a éconduit.  

À Jérusalem, Steve a adopté Azmi mais le clan d’Azmi, dans un village dans une autre zone occupée, a adopté Steve. Steve a donc sa place à la table familiale lors des occasions spéciales et des petits-enfants adoptifs enrichissent maintenant son existence. Ces tranches de petite vie ne font pas les manchettes. Mais elles font quand même leur petit bout de chemin. Nos amis Les Amis ont parlé de Steve et d’Azmi dans le cadre d’un reportage sur plusieurs Juifs et Palestiniens qui ont choisi de faire partie de la solution au lieu de faire partie du problème (1). Nola Drazdoff,  une animatrice en croissance spirituelle basée en Oregon (ÉU), suit de près les aventures de Steve et d’Azmi (2).  

Les gens comme Steve sont donc une inspiration précieuse pour ceux et celles qui osent espérer que la paix et la justice peuvent se bâtir par une accumulation de petits gestes posés par les petites gens. On ose espérer ça d’ailleurs parce que les autres sources d’espoir se font rares. Les plans bidon qui émanent de la Maison Blanche, autant de tactiques dilatoires, augurent plutôt d’un autre demi-siècle d’hégémonie israélienne. Je préfère miser sur ces braves gens qui oeuvrent dans l’ombre. Ils et elles peuvent nous servir d’inspiration non seulement en rapport avec le nœud gordien du Moyen Orient mais avec tous les défis que la vie nous offre. Mon ami Steve m’a fait cadeau de cette pensée de son père dans la banlieue rouge: Fais tout le bien que tu peux, à tous le gens que tu peux, à chaque fois que tu le peux, aussi longtemps que tu peux.  

Shalom/Salam  

(1) (http://westernquaker.net/FB%202005/FB_Jan_05_final.pdf)

(2) Nola raconte, entre autres, l’histoire de l’agente d’immeuble :

http://inspiredpath.blogspot.com/2007/12/does-his-name-need-to-be-on-mailbox.html

 

Tribune libre unitarienne, vol. 4, no.1, 2008