Tribune libre unitarienne V3N2

SOUHAITÉ : UN RENOUVEAU SPIRITUEL, par Barbara Taylor 

(“Needed:a Spriritual Re-Awakening”, article paru dans JUSTNews vol.11, no.1, automne 2007, bulletin du Canadian unitarians for social justice, inspiré du discours de Rex Weyler lors du Jour de la Terre à Vancouver. Barbara Taylor est membres de l’église unitarienne de Vancouver et du CUSJ depuis longtemps. Elle a aussi été secrétaire et membre du comité de direction du CUSJ. Traduction française de Tribune libre unitarienne). 

Le Jour de la Terre a été célébré le 27 avril en 2007 à l’église unitarienne de Vancouver. Rex Weyler était l’officiant, un des fondateurs de Greenpeace et auteur de son histoire, Greenpeace: How a Group of Journalists, Ecologists and Visionaries Changed the World ( Raincoast Books, 2004). Les comités de l’environnement et de la justice sociale ont co-parrainé l’événement, qui comportait une conférence avec les journalistes et les militants après la célébration.  

Les co-présidents du comité de justice sociale, Juergen Dankwort et Wilson Munoz, commémorèrent la fondation de Greenpeace en 1970 et l’invention du nom, en posant une plaque à l’entrée de l’église et en accordant du même coup un certificat de mérite à Rex Weyler. Dans un discours stimulant,  Rex Weyler puisa à même les mythes et son expérience pour révérer la terre et la nature, dont nous sommes une partie. En voici quelques extraits: 

*Nous n’avons pas le contrôle sur la nature. Nous sommes la nature. 

*Les unitariens font remarquer que le concept Worship provient de l’ancien mot anglais weothscippen  voulant dire attribuer une valeur à quelque chose. Alors, à quoi attribue-t-on une valeur? Peut-être qu’il est temps de ne plus seulement respecter la terre, mais de la révérer (worship it), d’attribuer une valeur à la nature. 

*La nature est le premier maître de l’humanité. La nature a provoqué chez nos ancêtres leur sens primitif de l’admiration, l’inspiration des premiers cantiques humains, des contes et de notre sentiment du divin.  

L’Optimisme et le réalisme 

Dans ma classe de biologie au lycée, je me souviens d’avoir mis deux drosophiles, communément appelées mouches du vinaigre-un mâle et une femelle- dans un bocal contenant une tomate. Les mouches se multiplièrent de jour en jour: quatre, huit, une douzaine, et bientôt il y avait des centaines de mouches du vinaigre qui se nourrissaient à même la tomate. Environ trois semaines plus tard, le bocal était rempli de mouches du vinaigre et la tomate était à moitié mangée. Le lendemain, quand nous sommes arrivés en classe, la tomate avait disparu et toutes les mouches étaient mortes. 

Voilà une expérience qui montre la croissance exponentielle dans la nature. On n’a jamais vu un seul cas de croissance exponentielle qui n’a pas eu de fin dans la nature. Jamais.  

Je demeure optimiste au sujet de l’avenir parce que je crois que nous sommes plus malins que les mouches du vinaigre. Mais, en réalité, il faut le dire: nous avons mangé la tomate à moitié. Cessons de nous chicaner pour savoir si le pétrole a atteint son maximum. Nous avons atteint le maximum de tout (y compris  la coupe des forêts mondiales et la consommation des réserves d’eau douce). Nous avons mangé la tomate à moitié. La question est, quand allons-nous regarder la vérité en face et serons-nous capables de s’adapter? Sommes-nous plus malins que les mouches du vinaigre?  

Je crois que nous sommes assez malins. Je suis optimiste parce que j’ai vu, de mes yeux vu, qu’un petit groupe de citoyens engagés et attentionnés peuvent changer le monde. Au cours de ma vie, il y a eu le mouvement des droits civils, le mouvement féministe, la fin de l’apartheid, et la montée du mouvement écologique. Ces changements ont été le fait de citoyens privés, des individus qui ont eu le courage de leurs opinions. 

Je pense que nous sommes dus pour un renouveau spirituel. À sa création même, Greenpeace était un mouvement spirituel. Ses adeptes croyaient que la nature était sacrée. Si on ne réussit pas à attribuer de la valeur à la nature-à révérer (to worship) la nature, je doute qu’on arrive à faire les changements nécessaires à temps. 

Vous avez entendu l’expression: Que sera, sera? Eh bien! On devrait plutôt dire, Ce qu’on fera, sera.  L’histoire n’est pas en pilotage automatique. L’histoire est le résultat de ce que les gens ont choisi de faire. Quand vous résistez à l’injustice causée par la folie écologique, vous donnez à d’autres le courage de faire quelque chose. Un seul acte courageux peut enclencher un mouvement, et changer le monde. 

On ne peut s’attendre à changer le statu quo sans devoir  faire face à la résistance et au ridicule. Le ridicule est l’arme des forts pour brimer les faibles. Ne vous laissez pas intimider par les réactions négatives du fait que vous ayez une conscience. C’est ce qu’ont fait par exemple Jésus, Gandhi et  Aung San Suu Kyi de la Birmanie. 

Ici aujourd’hui, chacun de nous a ce même pouvoir: le pouvoir d’avoir la décence de faire quelque chose, le pouvoir de la compassion, et le pouvoir du citoyen ordinaire pour remettre le monde d’aplomb. Si on se servait de ce pouvoir, sans doute, on pourrait être encore capables de préserver sur cette planète une place aux futures générations d’humains.  
 
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