Tribune libre unitarienne

LE CONSEIL UNITARIEN CANADIEN (CUC) : DE LA DÉPENDANCE À L’AUTONOMIE (1961-2002), par Charles W. Eddis.  

 (The CUC: From Colony to Nation 1961-2002. (1)  Allocution du 24 juin 2002 à la Société d'histoire unitarienne universaliste, à  Québec, par Dr Charles Eddis, pasteur émérite de l’église unitarienne de Montréal. Traduction de l’anglais).

        Le  1er  juillet, le Conseil unitarien du Canada (Canadian Unitarian Council) atteindra l’âge de sa majorité, devenant une association religieuse autonome. Pourquoi cette rupture, claire et nette, des unitariens et des universalistes canadiens d’avec leurs frères unitariens et universalistes américains, a-t-elle lieu? Quel a été l’essor du Conseil depuis sa fondation en 1961?  Comment expliquer son autonomie? 

         La première question,  celle du “pourquoi” est la plus énigmatique,  impossible à comprendre à fond, comme l’homme et la femme n’arrivent jamais à se comprendre  tout à fait, l’un n’étant pas l’autre.

Notre présence ici, dans la ville de  Québec, lors de la St-Jean-Baptiste, jour de fête nationale québécoise, avec feu d’artifice et tout, qui rappelle l’Indépendance américaine du 4 juillet, recèle la réponse.  À quelques pas d’ici se trouvent les Plaines d’Abraham, le lieu où le général anglais  Wolfe a défait le général français Montcalm, en 1759, mettant fin à l’empire colonial français en Amérique du nord.

         Les Français encerclaient les treize colonies, depuis les vallées de l’Ohio, de l’Illinois et du Mississipi, jusqu’au Golfe du Mexique. Leur défaite ouvrit l’Ouest aux colons anglais. La volonté de l’Angleterre de faire payer à ceux-ci une rétribution pour l’ouverture de l’Ouest, entraîna ce que les Canadiens ont convenu d’appeler la Révolution américaine, déclenchée au dire des colons américains, pour défendre  « les droits de l’homme anglais ». Son dénouement donna naissance à trois peuples : les Anglais des  États-Unis, les Anglais du Canada et les Canadiens-français. 

Les Canadiens se sont résignés à vivre sous le joug des Britanniques, qui leur promirent de protéger leur langue et leur religion à perpétuité. Cette garantie s’avéra, en effet, reconduite plus tard dans la constitution canadienne.(2) Sous l’aile protectrice de l’église catholique romaine, dont les effectifs ont été renfloués par des clercs ayant fuit la Révolution française, les Canadiens-français ont lutté pour leur survivance par la revanche des berceaux. Au fil des siècles, de 20,000 âmes, ils sont devenus  quatre millions.(3)  

Les Anglais, qui ont quitté les États-Unis pendant et après la Révolution, étaient nettement différents de ceux qui sont restés pour bâtir la nouvelle nation américaine. Ces derniers étaient avant tout des Protestants dissidents et des Whigs. Comme Whigs, ils ont subi l’influence de penseurs tel l’unitarien anglais John Locke qui prônait la liberté, les droits individuels et l’égalité entre les hommes au point de vue de la dignité, de la valeur et des chances, mais sans égard à la réalité de  l'égalité du bien-être. Les Whigs recommandent la méfiance envers les gouvernements et la vigilance pour faire en sorte que ceux-ci n’accèdent jamais au pouvoir excessif, leur rôle étant, avant tout, celui de gardien de la propriété. La tolérance de la différence est un principe à respecter. Dans son livre magistral, The Continental Divide: The Values and Institutions of the United States and Canada,(4) Seymour Lipset, sociologue politique de l’université Stanford, ramène le crédo américain aux quatre éléments suivants :l’antiétatisme, l’individualisme, le populisme et l’égalitarisme.(5) C’est sur ces fondements que les Américains ont entrepris  la conquête  de « la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ».

         Les Tories, qui quittèrent les États-Unis pour le Canada pendant et après la Révolution, détenaient des valeurs diamétralement opposées. Minorant l’initiative privée des citoyens et les associations volontaires, ils donnaient au gouvernement un rôle plus prépondérant et actif dans le bien-être de la société. La collectivité passait avant les besoins et les désirs de l’individu. La voix du peuple n’était pas la voix de Dieu, donc  pas une autorité à laquelle il  fallait  faire confiance ou obéir. (En dépit des multiples efforts déployés par les féministes entre autres, l’Equal Rights Amendment n’a pas encore été mis en vigueur aux États-Unis. Par contraste, quand la Charte des droits et libertés fut inscrite dans la Constitution canadienne de 1982, le droit de l’égalité des femmes y a été introduit. Cela s’est fait, à peine sans bruit et sans consultation populaire, par le gouvernement fédéral au cours de pourparlers avec les premiers ministres provinciaux. La même chose s’est produite pour les programmes d’action positive. L’Ontario, la plus industrialisée, la plus riche et la plus peuplée des provinces du Canada, a voté, par la suite, des lois exigeant la parité salariale pour les femmes). (6)   

Le Canada n’est pas un pays créé par la volonté de ses habitants. Il est le produit d’intérêts économiques visant à contrer son  annexion avec les États-Unis, après la Guerre civile. Durant la Guerre civile, les Britanniques se sont rangés du côté des sudistes, alors que les futurs Canadiens ont appuyé le Nord. À la fin du conflit, les États-Unis proposèrent que la Grande Bretagne, pour avoir appuyé le Sud, les dédommage en leur cédant l’Amérique du nord britannique. L’ambassadeur britannique dit au Secrétaire d’État américain que la Grande Bretagne « ne tenait pas au Canada plus que ça mais qu’elle ne pouvait pas s’en départir sans le consentement de ses habitants ». (7)  Ni les Français, qui étaient des conservateurs, ni les Anglais, qui étaient des Tories, non des Whigs, voulaient une telle chose. Les Français et les Anglais s’allièrent et en  vinrent à une entente pour réclamer du Parlement britannique de Londres de passer l’Acte britannique de l’Amérique du Nord,  qui fut à la naissance du Canada avec son propre gouvernement.   Il y a eu depuis beaucoup de changement, mais aussi beaucoup de continuité.

          Ma famille et moi, nous avons déménagé aux États-Unis en 1966. Pendant une douzaine d’année, nous avons vécu à Evanston, en Illinois, à la frontière de quartiers noirs et blancs. En maternelle, la curiosité de ma fille fut certes un peu piquée par le nombre (80%) d’enfants de peau foncée dans sa classe. Mais ce n’est pas surtout cela qui marqua sa mémoire, mais le serment de loyauté au drapeau. Bien que je n’aie jamais abordé le sujet avec elle, (je soupçonne mon épouse de l’avoir fait), ma fille refusa de prononcer ce serment. Elle a gardé le mauvais souvenir de ses travaux scolaires toujours remis barrés de croix rouges pour signaler des fautes d’orthographe aux mots comme neighbour et centre, alors que cette orthographe était celle qu’elle avait apprise de sa mère conformément au lexique britannique. (Les Américains écrivent neighbor et center). Le mois passé, lors de sa rencontre annuelle à Kelowna, en Colombie britannique, le Conseil unitarien canadien adopta comme sien les sept principes et les six sources. Seulement trois changements mineurs furent apportés. Le premier est sur qui sont  les affiliés. Ils sont les congrégations membres, de l’association du Conseil unitarien canadien, qui prennent part à la convention, non celles de l’Association unitarienne universaliste. Les deux autres changements portent sur la correction de l’orthographe du mot  neighbor à neighbour  dans « loving our neighbours as ourselves » et du mot earth-centered à earth-centred dans « Spiritual teachings of Earth-centred tradition ». 

         Être Américain n’est pas seulement une question de naissance ou de citoyenneté. C’est aussi une question d’engagement idéologique. Il n’y a pas de « Canadian way of life ». Quelqu’un ou  quelque chose peuvent  censément être « un-American ».  Mais le mot  « un-Canadian » ne figure pas dans les lexiques. Le Canada n’a pas d’idéologie. C’est la fédération la plus décentralisée du monde occidental. Le Canada est pétri de sa propre histoire, celle-ci est même incrustée chez ceux-là qui n’en savent rien. La tradition Tory prédomine sur la tradition Whig. Les Whigs d’Angleterre croyaient à la méritocratie, au laissez-faire, aux bâtisseurs d’industries. Ils se montraient généreux à l’égard des œuvres de bienfaisance, des associations caritatives, des associations volontaires. Les Tories représentaient le vieux pouvoir établi. Ils ont fait passer un ensemble de lois régissant les conditions de travail des ouvriers, lois sur la réduction des heures de travail, sur la protection des enfants ouvriers, sur la sécurité sociale. La tradition Tory est davantage préoccupée par le bien-être social que la tradition Whig. Elle est plus favorable à  une forme d’intervention gouvernementale. Tous les partis politiques nationaux du Canada sont à gauche du parti Démocrate des États-Unis. (Une exception  notable est le Reform Alliance Party, un parti, qui reflète la tradition de protestation de l’Ouest canadien, et qui n’a aucun député à l’est du Manitoba). En 1966, l’UUA Committee on Goals a pu établir que la majorité des unitariens universalistes canadiens votaient dès lors pour le Parti néo-démocrate, le parti le plus à gauche des trois grands partis politiques canadiens. (8)  On raconte qu’une fois, Dufferin Roblin,  qui était en ce moment Premier ministre du Manitoba, tomba, par hasard, sur une réunion unitarienne à Winnipeg. Pendant une dizaine de minutes, il s’est cru dans une réunion néo-démocrate. Outre sept députés de l’Assemblée législative, il reconnaissait trois ministres, deux conseillers municipaux de la ville de Winnipeg et un membre du conseil métropolitain de Winnipeg, tous Néo-démocrates.(9) Au dix-neuvième siècle, les unitariens britanniques étaient le parti des Whig en train de dire leur prière, à l’instar des Anglicans qui étaient  le parti des Tories en train aussi de dire la leur. Les Canadiens étaient, et  sont d’ailleurs toujours d’une certaine manière, le parti NPD  en train de méditer, sinon  de prier.

         La tradition Tory se manifeste dans le fait que 87% des Canadiens sont membres de seulement trois Églises : par ordre de grandeur décroissant, l’Église catholique romaine, l’Église unie et l’Église anglicane. (10) Deux d’entre elles, l’Église catholique et l’Église  anglicane, ont été des Églises officielles. L’Église unie fut créée seulement en 1925, en partie pour favoriser la présence d’une église forte, dans les petites villes, et contrecarrer la division. Dès ses débuts, quoique dans son ensemble plus libérale, elle a intégré certains traits  communs aux Églises officielles.

         Les Canadiens ont un tempérament réservé et sont très peu nationalistes. Selon l’expression de Seymour Lipset, le Canada serait une « anti-nation ».(11)  Avant 1947, la citoyenneté canadienne était inexistante. Soixante ans après la création de leur pays, les Canadiens étaient toujours des sujets britanniques. Nous jouissions au Canada des mêmes droits que les Anglais d’Angleterre. Nous étions sans drapeau jusqu’en 1965; avant ça, le Red Ensign, l’étendard de la marine marchande canadienne, drapeau rouge avec l’union jack dans un coin et les armoiries du pays au centre, faisait office de drapeau national. Nous n’avions pas d’hymne national. Nous avons chanté « God save the Queen » jusqu’au moment où le «  O Canada » fut adopté par le Parlement, en 1967. Conformément à la mode canadienne, seule la mélodie faisait au début officiellement partie  de notre hymne national. Le Parlement a mis 13 autres années pour choisir les paroles. Et celles-ci ne devinrent officielles qu’après l’ajout par les politiciens du mot Dieu, dont la puissance est invoquée pour garder le Canada  « glorieux et libre ». Le Canada a obtenu sa propre constitution seulement en 1982, lorsque le Parlement britannique céda son droit d’amender l’Acte de l’Amérique du nord britannique de 1867. La Reine Élizabeth vint au Canada pour signer et donner le sceau royal à cette nouvelle constitution, puisqu’elle était et est toujours, le chef d’État officiel du Canada.

         La devise  tripartite des États-Unis est vie, liberté et poursuite du bonheur. Celle du Canada est paix, ordre et bon gouvernement. Les  Pères de la Confédération ont décrit par cette expression les principes selon lesquels devrait fonctionner le parlement. Au Canada, l’organisme chargé de faire respecter la loi devança la colonisation. Dans la ruée vers l’or du Klondike des années  1890,  écrit  Seymour Lipset :

         « …les valeurs canadiennes (défendue par la Gendarmerie royale et 200 militaires) tinrent ferme devant « la frénésie de l’individualisme américain »  (80% des mineurs étaient Américains)  laquelle se propageait de Skagway, en Alaska, dominé par une voyoucratie, aux villes des alentours  ». (12)

         Les Canadiens révèrent l’autorité. Ils  sont sur leurs gardes face à la méfiance américaine envers l’autorité. L’autorité fait appel à l’obligation morale de s’occuper autant de la personne que de la collectivité. Ce sentiment d’obligation peut s’appeler du paternalisme. Comparé aux États-Unis, ce paternalisme canadien a donné lieu à un taux plus bas d’homicides, de crime, d’emprisonnement et de mortalité infantile, des villes plus sécuritaires et un  système de soins médicaux quasi-gratuits. Vu sa confiance et son respect de la loi, le Canada compte une demie fois moins d’avocats per capita que les États-Unis. Sans insister sur la liberté, il a préservé une culture dans laquelle, sans conformisme patriotique, les Canadiens sont libres d’être eux-mêmes. Donc, la société élitiste, aristocratique, étatique du Canada fondée pour maintenir « la paix, l’ordre, le bon gouvernement »  n’est  pas si mauvaise que ça. Ses célébrités littéraires ont tendance à être des femmes, pas des hommes. L’univers romanesque est peuplé d’antihéros, tel Charlie Chaplin, non  de héros,  tel Superman. L’ingénu Adam, qui débute sa vie dans une terre  vierge sans tradition, ne figure pas dans la littérature canadienne.  Le Canada, constate Lipset, évoque Noé ployant sous le faix d’une histoire de perdants. (13)  

         Les Canadiens n’ont pas un sens d’identité bien défini. En même temps, ils ont le pressentiment d’avoir quelque chose qui vaille la peine d’être conservé. Avec tout le respect dû à leurs voisins bienveillants du sud, la plupart des Canadiens ne voudraient pas être Américains. Là dessus, l’accord est presque unanime. « Les Canadiens », remarque Lipset, « sont les plus vieux et les plus acharnés antiaméricains au monde ». (14)  

         Comment cela a-t-il un intérêt?  Quel  rapport  cela peut-il avoir avec la création et l’arrivée de l’âge de la majorité du Conseil unitarien canadien dans les dernières  40 années?  Soyons clairs : le Canada est différent des États-Unis. L’Association unitarienne universaliste (UUA) est avant tout une organisation américaine créée pour répondre à la situation et aux besoins de gens aux États-Unis. Mais comme  Dorothy est réputée  avoir dit dans le magicien d’Oz, « Toto,  ici ce n’est pas le Kansas ». Sauf erreur, l’UUA n’a jamais embauché un  permanent, vivant et travaillant au Canada.

         Ayant vécu 18 ans aux États-Unis, j’en conclue à l’impossibilité pour un Américain de comprendre le Canada, à moins qu’il en fasse un sujet spécial d’étude à l’instar de certains experts. Les Canadiens ne s’attendent pas d’être compris par les Américains, unitariens universalistes américains confondus. L’UUA est bien renseignée et efficace en tant qu’organisme national américain. Elle a entrepris, à toute fin utile, une vocation continentale, seulement après coup, présupposant que ce qui  fonctionne aux États-Unis fonctionne aussi au Canada. Les Canadiens ont parfois été agacés d’être exclus des résolutions américaines votées sur les  questions sociales, et parfois choqués d’être inclus, comme si les mêmes questions avaient la même pertinence et la même urgence au Canada qu’aux États-Unis. Pour les Canadiens, l’ordre du jour de l’UUA était parfois le mauvais programme. Les Canadiens ont souvent souhaité se rencontrer seuls, entre eux, pour définir leur propre programme, et y donner suite.

        Voyons voir maintenant le parcours du Conseil unitarien canadien.  

        Le rêve de former le CUC date  de longtemps. Des propositions en ce sens ont été formulées par G.C. Holland, pasteur de l’église à Ottawa, en 1898, (15) par Samuel A. Eliot, Président de l’American Unitarian Association en 1908, (16)  par Charles Huntingdon Pennoyer, pasteur de l’Église universaliste de Halifax en 1909 (17), et enfin par Horace Westwood, un pasteur unitarien de Winnipeg en 1913. (18)  En 1946, la Commission on the Work of the Churches of the British Unitarians proposa que « cette Assemblée s’intéresse à la formation d’une Association unitarienne  canadienne, laquelle est souhaitée par beaucoup d’unitariens là-bas ». (19)   

         Les premières semences ont été  jetées de 1940 à 1946 lorsque le Canadian Unitarian, un encart dans le bulletin des églises canadiennes, parut à Ottawa. La croissance d’après-guerre des effectifs unitariens au Canada laisse entrevoir la possibilité de la création d’une organisation canadienne, voire de son besoin urgent. Des unitariens, notamment des pasteurs torontois, ont su attirer l’attention des média anglophones au cœur du Canada sur l’unitarianisme. L’Unitarian Service Committee of Canada, créé en 1946, obtint tant de publicité dans les grands journaux et à la télévision que le mot unitarien devînt un mot connu de tout le monde, bien que peu en comprissent le sens.  En 1946, on recense six églises unitariennes islandaises avec 272 membres, et cinq églises de langue anglaise avec 1 049 membres. Les universalistes comptaient cinq églises avec 459 membres. En 1961, on inventorie trois églises universalistes avec 68 membres, trois églises islandaises et  11 églises unitariennes de langue anglaises avec 3 476 membres. À cela,  s'ajoutent 22 confréries unitariennes avec 773 membres. Les universalistes avaient presque  disparu du Canada, sauf pour deux petites églises rurales dans le sud-ouest ontarien. Ils ont probablement prospéré dans les deux autres localités survivantes, grâce à l’afflux d’unitariens canadiens. Par contraste, l’unitarianisme a triplé son adhésion dans ce même laps de temps de 15 ans. En 1953, il y avait six pasteurs unitariens pour desservir les congrégations du Canada. Dix ans plus tard, la région de Toronto  à elle seule en  comptait cinq.

         Un raz de marée commença à surgir en faveur d’une organisation canadienne.

         Les propositions fusaient de partout, de la Colombie britannique, des Prairies, de l’Ontario et  de Canadiens tenant des réunions parallèles,  soirées du dimanche ayant lieu chaque mois de  mai, à Boston, en marge du congrès annuel de l’American Unitarian Association. Le 3 décembre 1960, 17 délégués représentant huit églises unitariennes de l’Ontario et du Québec se sont réunis pour mettre sur pied  une entité chargée d’aider les congrégations des deux provinces à travailler ensemble. On identifia les besoins selon les divers champs. On cibla  la publicité et l’action sociale (des dépliants pour raconter la vie d’unitariens américains célèbres, dont ceux à la Maison Blanche, et  l’adresse de retour du siège social à Boston, ne contribuèrent pas tellement à projeter une image canadienne). On nomma un comité pour rédiger un plan d’organisation. Le 27 décembre, ce comité convoqua une rencontre, plan en main. J’avais été pasteur dans l’Ouest canadien pendant cinq ans, puis président de la Western Canada Unitarian Conference. J’avais pu visiter Vancouver plusieurs fois. Je connaissais Philip Hewett, pasteur dans cette ville. J’avais la conviction que le plan aurait l’aval du pays entier. À mon avis, il n’y avait aucune raison de limiter le projet à l’Ontario et au Québec. Le plan fut donc révisé pour répondre aux besoins du pays dans son entier, puis il fut expédié à toutes les congrégations du Canada. 

         Début avril 1961, délégation à Montréal de  10 congrégations. Elle adopte le plan, huit voix contre une, avec la condition expresse  que  « le Conseil doit agir dans le cadre de « l’Association unitarienne universaliste continentale». Le mois suivant, rencontre à Boston de l’American Unitarian Association et de l’Universalist Church of America. Ces deux organisations disent oui à la création de l’Unitarian Universalist Association. La même semaine du 14 mai, il y a une réunion à Boston d’une cinquantaine d’unitariens et d’universalistes de toutes les parties du Canada, depuis Halifax à Vancouver. Ils adoptent les statuts qui définissent l’acte de naissance du Conseil unitarien canadien. Lors de l’élection du premier conseil d’administration, je suis nommé président, poste que j’ai occupé jusqu’en 1965.    

Une demande d’octroi au Conseil de gestion de l’UUA,  de 1 500$, par le Conseil unitarien canadien, fut agréée. L’argent a été suffisant, d’abord pour organiser des réunions biannuelles avec les membres du conseil national de tous les coins du Canada, depuis le Nouveau-Brunswick à  la Colombie britannique et ensuite pour financer des frais de bureau et d’autres choses encore. Le Conseil tint sa première réunion en sol  canadien l’année suivante, en mai 1962. Les pasteurs d’un bout à l’autre du Canada tinrent leur première réunion nationale à Toronto, au mois de novembre de la même année. Il n’y eut  aucune absence. 

En 1963, on publia une première brochure, Unitarians in Canada. À l’endos se trouvaient le nom et les coordonnées de chacune des églises et rassemblements au Canada. D’autres brochures de pasteurs canadiens suivirent. Des résolutions portant sur des questions sociales étaient  amorcées par les congrégations, délimitées par sondages et votées lors de congrès annuels. La première rencontre nationale hors de l’Ontario ou du Québec s’est tenue à Winnipeg, au Manitoba, en 1965. Par la suite, le CUC s’est réuni dans diverses villes d’un océan à l’autre.

         En 1965, le premier atelier, d’une importance capitale, fut tenu à Ottawa. Des journalistes invités examinèrent minutieusement « la scène d’Ottawa »  avec le dessein d’élargir la conscience politique des unitariens et d’étendre la portée de leurs actions; et il y eut des conférences et des ateliers sur le mouvement syndical et la réforme du code pénal. Subséquemment, d’autres ateliers annuels de premier plan aborderont les problèmes de la pauvreté, de l’avenir du Canada, du droit international et civil, des peuples autochtones et de la violence. En 1970, une  personne affectée à la division de la responsabilité sociale fut parrainée, poste occupé par Mary Lou Church pendant deux ans.

En 1969, une crise allait métamorphoser le CUC en une association autonome. Aux prises avec de sérieux problèmes financiers, l’UUA proposa de réduire l’allocation de 8 000$ que recevait à ce moment le CUC au montant original de 1 500$. À la réunion annuelle de Montréal du mois de mai, des délégués torontois en colère proposent que les congrégations canadiennes quittent l’UUA et fassent cavalier seul. Les délégués des  24 congrégations  présentes  rejetèrent la proposition par 29 voix contre 21. Des négociations entre l’UUA et le CUC donnèrent lieu à ce qui devint connu comme le First Accord.  Selon cette entente, la collecte de fonds auprès des  congrégations du Canada  revenait au CUC, qui pouvait garder plus de la moitié des bénéfices. Le CUC réussit, à toute fin utile, à élire un représentant au Conseil de l’UUA, et à être autorisé   à certifier des pasteurs pour célébrer des mariages au Canada. En outre, l’UUA accepta de ne pas s’opposer à la participation du CUC dans l’International Association of Religious Freedom (IARF). (Auparavant, le Canada pouvait y siéger seulement par le biais d’une nomination de l’UUA et non directement). L’IARF accepta l’adhésion du CUC en 1972 et, en plus, son invitation  de  tenir le Congrès de l’IARF à Montréal, en 1975.

        Étant accrédité pour la célébration des mariages, le CUC prit la décision  d’instituer ce qu’on appelle aujourd’hui les célébrants laïcs. Ces derniers sont des personnes nommées par leur congrégation, puis formées et autorisées par le CUC pour célébrer les cérémonies de mariage. Ces célébrants laïcs apprennent aussi à pratiquer les rituels de la consécration des nouveau-nés, du baptême, des funérailles et de la commémoration. Le premier célébrant laïc fut nommé en 1971. Cette année-là, la demande était très forte. À l’époque, nous avions 20 églises et 34 rassemblements; en tout, il y avait 16 pasteurs  en règle à l’échelle du pays. Les rassemblements souhaitaient aussi avoir des célébrants laïcs pour les rites de passage. La demande du grand public pour des mariages de type unitarien grimpait en flèche. Les pasteurs se voyaient submergés par la tâche. Aujourd’hui, il y a   77 célébrants laïcs (à travers le pays).

        Le premier Accord stipulait que le premier 15 000$ de la campagne canadienne de la collecte de fonds irait au CUC et  que le second 15 000$ irait à l’UUA, puis que le surplus au-delà du 30 000$ serait divisé entre eux à parts égales.  En 1970-71, la collecte de fonds du CUC fut de 17  030$. Rien ici pour l’inciter à faire mieux. Un deuxième Accord en 1972 amena donc la modification  suivante: le premier 8 000$ irait au  CUC; le restant serait partagé avec l’UUA. Résultat : le total du montant s’éleva à quelques milliers de dollars de plus.

Un facteur décisif transforma complètement la situation en 1977, donnant lieu au troisième Accord CUC-UUA. La fondation Veatch se mit à donner, au CUC comme à l’UUA, un dollar pour chaque dollar récolté durant la campagne de fonds annuelle. Si, par exemple, le CUC récoltait 50 000$, la Fondation Veatch s’engageait à ajouter 50 000$. Gardant les 8 000$ de départ de la collecte de fonds  et partageant le restant avec l’UUA, cela donnait 54 000$ au CUC et 46 000$ à l'UUA, au lieu de 29 000$ au CUC et 21 000$ à l'UUA. Le CUC recevait  4 000$ de plus que les fonds qu’il avait récoltés. Bref, sous le programme de la Fondation Veatch, l’UUA et le CUC, tous deux, étaient gagnants.

         Dès les premières années, Barbara Arnott, une bénévole douée et  dévouée, prit la tête du CUC. Sa chambre servait  de centre, jusqu’à sa retraite en 1978. La case postale du CUC était: Toronto First Unitarian Congregation, 175, avenue St-Clair Ouest.  Tout le courrier était réexpédié de  là vers son adresse privée, pour qu’elle lui donne suite de son appartement. Au moment de sa retraite, on loua un local de bureau au  175, avenue St-Clair Ouest, sans doute grâce au programme du fonds paritaire de la Fondation Veatch. Ici  pouvait travailler la nouvelle secrétaire générale, épaulée par du personnel payé et des bénévoles, et se tenir les réunions de l’exécutif et du conseil. 

La prochaine étape a été franchie cinq ans plus tard lorsqu’en 1983, après deux ans de mûres réflexions et de spéculations sur l’avenir des congrégations, l’assemblée annuelle, avec l’appui des congrégations, vota l’embauche de la première directrice professionnelle du CUC. Le choix  s'arrêta sur Kathleen Hunter, une avocate et ancienne présidente de l’Église unitarienne de Montréal. 

         L’embauche d’une directrice professionnelle a modifié l’idée que les Canadiens se faisaient du CUC. Ils ont commencé à le prendre plus au sérieux, ainsi que leur responsabilité envers lui. Ils ont acquis un sens accru d’identité, d’engagement et de confiance. Les dons des Canadiens provenant de la campagne de fonds annuelle atteignirent  la somme de $101,729 en 1986 et continua d'augmenter sans cesse. Les congrégations appuyaient cette campagne de tout cœur. Presque toutes les congrégations, églises et rassemblements confondus, ont commencé à donner leur pleine part, telle que fixée par l’UUA. En 1970-71, Kathleen Hunter, ainsi que la présidente laïque du CUC, Mary Lu MacDonald, ont visité à tour de rôle chaque congrégation canadienne. Avec une directrice au gouvernail, le CUC a connu un fonctionnement plus efficace et harmonieux. Des unitariens se sont inscrits à des facultés de théologie à Toronto et à Vancouver pour se préparer au pastorat. Sept Canadiens ont été ordonnés pasteurs dans les années 80 et  15 autres dans les années 90.Il y en aura bientôt six de plus.  

        Il est à noter que Mark DeWolfe et Phillip Hewett ont développé, en 1988, un programme fort prisé par les congrégations, The Language of the Land, an exploration of Canadian contextual theology. Cela encouragea la mise en place d’autres programmes lors des réunions annuelles des pasteurs canadiens et aussi du CUC.

        De plus, en 1988, le CUC initia un premier projet de planification à long terme. Le Conseil d’administration visita 35 congrégations, rencontrant face-à-face 10% de nos membres. Il découvrit que les unitariens universalistes canadiens souhaitaient que leur religion ait une plus grande visibilité publique; qu’elle prenne de l’expansion; qu’il y ait une meilleure communication entre eux.

       La première édition de l’histoire de Phillip Hewett, qui fit autorité, Unitarians in Canada, a paru en 1978.(20) Les années 1980 voient le Conseil unitarien canadien se joindre à des coalitions  tel le  Projet Ploughshares, une agence oecuménique du Canadian Council of Churches, fondée en 1976, dont le mandat est d’identifier, de développer et  d’élaborer des démarches pour  établir la paix et prévenir la guerre, et de promouvoir des solutions pacifiques pour résoudre les conflits politiques. Des ouvrages canadiens d’éducation religieuse seront édités,  y compris The Canadians...Adventures of Our People, about Canadian Unitarians and Universalists, de Margaret K. Gooding. (21)  

      Un  programme, qui a bien fonctionné  en 1989-1990, est Our Common Future, une étude du Rapport Bruntland, préparée pour le sommet de Rio de Janeiro sur l’environnement. Diverses congrégations avaient mis au point les chapitres de ce guide d’étude. Pendant l’hiver et le printemps, des congrégations à l’échelle du Canada avaient étudié le rapport. Le CUC et quelques congrégations se rattachaient aux groupes non-gouvernementaux travaillant avec le gouvernement fédéral, et aux individus des  ONG qui sont allés à Rio et qui, par la suite, leur ont  soumis un rapport.                                                                                                                      

Lors de l’assemblée annuelle de 1996, le  Canadian Unitarians for Social Justice, un groupe activiste créé quelques années auparavant, fut  reconnu comme un groupe inestimable de leadership. Celui-ci a sa propre publication JUSTNEWS et compte plus de 350 membres. Le CUC a maintenant des groupes de moniteurs chargés des affaires sociales dans les domaines suivants: l’environnement, la mondialisation, choice in dying, les questions gays et lesbiennes, la justice économique, la justice pour les premières nations et la paix. 

 Je vous expliquerai maintenant ce qui a mené à l’indépendance du Conseil unitarien canadien.   

        Le quatrième Accord CUC-UUA fut signé en 1983. Selon les termes de celui-ci, la Liberal Religious Charities Society (LRCS) s’obligeait  à octroyer aussi une subvention paritaire. Si, par exemple, le CUC, lors de la campagne de fonds annuelle, récoltait une somme de 50 000$, la fondation Veatch et  la Liberal Religious Charities Society la bonifieraient  à 150 000$. Cela donnait au CUC 54 000$ en tout, 4 000$ plus 50 000$. La somme de 96 000$ qui restait, allait à l’UUA. (22)  Sous ce programme, c’était comme si le CUC donnait la totalité de la somme de 50,000$, qu’il venait de récolter, à l’UUA, que celle-ci recevait de la fondation Veatch une somme équivalente et que la LRCS retournait au CUC une somme équivalente à celle qu’il avait récoltée,  plus 4 000$.  Il est fort possible que l’argent ne circulait pas tout à fait de cette manière. (23)   Ce sont les montants reçus qui importent. Le quatrième Accord n’a pas profité au CUC. Il a  su, par contre, répondre aux exigences financières de l’UUA  pendant un certain temps. (24)

          Cet arrangement a marché  jusqu’à ce que la Fondation Veatch, en 1986, décide de mettre fin à son programme de fonds paritaire, octroyant  plutôt à l’UUA  20 millions de dollars en capital-développement.  Deux ans après, les chèques de la LRCS libellés au CUC cessèrent.  Un nouvel Accord en 1987, le cinquième, convenait que le CUC ferait la collecte d’un important fonds de dotation dont 75 pour cent des revenus seraient versés à l’UUA pour services rendus aux congrégations canadiennes. Ce fonds ne vit jamais le jour. Le sixième Accord, conclu en 1991, approuvait le coût estimé des services aux congrégations canadiennes, non payé à même les dotations de l’UUA ou d’autres fonds. Le CUC consentait à plafonner le paiement à ce niveau, tout en limitant sa hausse annuelle à trois pour cent, calculée à partir du budget du CUC de l’année précédente. Le septième  Accord, de 1994, ajoutait des clauses pour protéger le CUC contre les fluctuations abruptes d’année en année causées par le taux de change et la restructuration  budgétaire de l’UUA qui inclut les fonds en fidéicommis dans son budget général.                                                                                                                                                                                       

Deux ans plus tard, l’UUA se dit mécontent  du septième Accord. À l’Assemblée annuelle de Thunder Bay, en mai 1997, le président de l’UUA, John Buerens, ayant déclaré le Canada trop budgétivore, offre officieusement à trois représentants du CUC, la somme d’un million de dollars pour que les Canadiens fassent cavalier seul. (25) En 1998, suite à des pourparlers, le septième accord est annulé avec le consentement à la fois du CUC et de l’UUA. Kim Turner, président du CUC de 1999 à 2001,  a écrit :  « Au début, nous avons eu de la difficulté  à convaincre l’UUA que  nous n’avions pas le mandat de nous  retirer – et qu’il fallait d’abord que les congrégations nous exprimassent leur volonté ».(26)

         Pour savoir ce que voulaient les congrégations, le Conseil d’administration du CUC, l’année précédente, en 1997, avait mis sur pied la Commission on Services to Canadian Congregations. Celle-ci fit entreprendre un sondage auprès de toutes les congrégations, des consultations en profondeur et des visites par les membres du Conseil et du personnel. Le taux de  participation des membres des congrégations et des « groupes émergeants» fut de 93%. Le rapport final de la Commission, qui fut expédié à toutes les congrégations avant le Congrès annuel de 1998, énumérait quatre scénarios possibles pour le déroulement de la relation entre le CUC et l’UUA. Une chose s’en dégagea clairement: les participants souhaitaient un changement graduel, pas une révolution. Ils demandaient de mieux adapter les services de l’UUA pour  répondre aux besoins des Canadiens et les offrir à des prix plus abordables. Aucune décision ni action découlèrent de cette consultation.

         Au cours de pourparlers subséquents, il est apparu clair comme l’eau de roche que ce que souhaitaient le CUC et l’UUA était de conserver  de sains rapports entre eux, ce qui présupposait des rapports égalitaires, moins dépendants, plus honnêtes et équitables, centrés sur la communauté de base, opposés au dirigisme par le haut, mais  vouées à la coopération dans la stabilité et la permanence.

 Un rapport de deuxième étape de la Commission du CUC, présenté au congrès annuel de 1999, réclamait un changement graduel vers la gestion canadienne des services et des programmes, surtout en éducation religieuse et en développement. Encore une fois, aucune décision ne fut prise. Mais le Conseil d’administration du CUC nota les commentaires et les suggestions. Quelque temps  après, au cours de l’année, les commissaires du CUC apprirent que l’UUA n’était pas prête à négocier une nouvelle entente, sans connaître la position des différents districts. Les commissaires du CUC suggérèrent que, cette fois, ce sondage incombait à l’UUA, pas au CUC.  

L’Assemblée annuelle de  Calgary, en mai 2000, par un vote de 79 voix contre 11 (aucune abstention), autorisa le Conseil d’administration du CUC  à entreprendre les changements proposés par la Commission et les négociations avec l’UUA pour que cela se réalisât. En tout, trois rencontres annuelles eurent lieu avant que le Conseil d’administration du CUC obtînt l’autorisation d’enclencher les négociations finales.

Trois mois plus tard, en septembre, les équipes de négociateurs (27) se rencontrèrent à Régina, en Saskatchewan. Là, les événements prirent soudainement une tournure imprévue de l’équipe de négociateurs du CUC. L’UUA repoussait le changement graduel du CUC. « Quoique l’approche du changement graduel peut, en principe, marcher pour le CUC, il est trop lent pour convenir à l’UUA » indiqua-t-elle. (28)  Pour elle, il était impensable de devoir ajuster, année après année, ses services en vue d’en céder la gestion peu à peu au CUC. Au lieu, elle proposa que le CUC prenne tous les services en main, sauf le pastorat, la jeunesse et les services aux jeunes adultes, secteurs à vocation continentale, responsabilité primordiale de l’UUA.                                                                                                 

        Le Conseil d’administration du CUC autorisa la poursuite des négociations. En janvier 2001, l’UUA proposa de céder un million et demi de dollars américains au CUC (d’après le calcul de la valeur des parts dans le fonds de dotation en date du 31 décembre 2000) pour  son autofinancement. La date de la remise de cette somme serait  le  1er  juillet 2002, avec l’entente expresse de la  ratification par ses membres du plan de   services à offrir et  du retrait des congrégations canadiennes de l’UUA et de ses districts.  Les deux parties se mirent d’accord pour maintenir l’existence des associations informelles transfontalières et plusieurs autres groupes continentaux, tels le UU-UNO et la Liberal Religious Educators’ Association.  En février 2001, l’équipe de  négociateurs de l’UUA refusa de revoir sa position sur le membership  des congrégations canadiennes dans l’UUA.(29)  À la question, quelle serait la réponse de l’UUA si les congrégations canadiennes  ne ratifiaient pas l’accord, elle déclara :     

 « Si l’accord n’est pas entériné, l’UUA refusera de négocier un  nouvel   accord CUC-UUA. Tous les fonds APF seront versés directement à l’UUA (au taux de change de 2001-2002 : 44$ US, approx. 66$ can. par membre). Tous les services de l’UUA seront offerts par le biais de ses   districts. Les congrégations canadiennes qui se conforment aux critères d’adhésion à l’UUA pourront continuer au sein de l’UUA. L’UUA ne limitera pas seulement ses interventions aux congrégations canadiennes, i.e., sa collecte de fonds et son Friends program prendront le Canada en ligne de compte. Cela n’empêchera pourtant pas le CUC d’entreprendre sa propre collecte de fonds ». (30)  

        Ou le dernier accord sera le huitième ou les accords cesseront avec le septième. Face à ce choix catégorique ou rien, plusieurs unitariens canadiens eurent l’impression que la décision – tout à fait  inattendue quelques mois auparavant – fut imposée de force.                    

 Deux cent vingt-deux unitariens canadiens, décuplés par des invités de l’UUA et les délégués de l’International Council of Unitarians and Universalists, se rencontrèrent à  Montréal pour l’Assemblée annuelle du CUC en mai 2001. La règle de la proportionnalité limita le nombre des délégués à 127. Ceux-ci provenaient de toutes les 10 provinces canadiennes et de six des districts de l’UUA. Ils représentaient  40 congrégations. Après le discours préliminaire, il y eut un débat très houleux de trois heures. Tous les délégués participèrent au scrutin. Le vote donna 105 voix pour et 22 voix contre. L’accord final entre le CUC et l’UUA fut donc adopté. À partir du  1er juillet 2002,  le Conseil unitarien canadien  deviendrait l’association de première importance, pourvoyeuse de services aux unitariens universalistes du Canada, sauf la direction pastorale, la jeunesse et le programme pour jeunes  adultes, pour lesquels les arrangements antérieurs demeureraient en vigueur.                                                           

L’année suivante, le Conseil d’administration du CUC nomma un comité de travail chargé de la mise en vigueur du nouveau départ. On décida enfin de diviser le pays en quatre régions: Colombie britannique, l’Ouest canadien, le Centre et l’Est du Canada (y compris l’Est ontarien), desservies par deux directeurs de services régionaux et des permanents, un dans l’Ouest et un dans l’Est. En outre, le CUC devait ajouter dans ses  rangs un directeur  à temps-plein du Lifespan Learning.  En mai 2002, lors de la présentation du plan à l’Assemblée annuelle de Kelowna, en Colombie britannique, on discuta un peu du degré de transparence qu’on s’attendait des deux premiers directeurs, puis on procéda au vote. Ce fut l’unanimité. Pas un vote contre. Au court de l’euphorie, plusieurs s’embrassèrent et fondirent en larmes.                                                                                                                                                           

         (À d’autres occasions aussi on versa des larmes, mais celle-là était des larmes de chagrin, voire de colères, versées surtout dans les cinq districts internationaux auxquels appartenaient les unitariens et universalistes canadiens. Certaines activités transfrontalières continueront. L’Accord final stipule, en plus de la poursuite des consultations au sommet, entre autres  que les Canadiens seront toujours bienvenus aux rencontres américaines comme les Américains réciproquement le seront aux rencontres canadiennes. Mais ces rencontres ne sont plus aussi fréquentes et autant  fréquentées que durant les  40 dernières années. Il y avait une richesse dans le fait que les gens des deux pays oeuvraient sans difficulté,  mus par une générosité naturelle et une cause commune. C’est l’idée de la perte de cet esprit de corps qui a provoqué des larmes).

         Au fil des années, les négociations entre les représentants du CUC et de l’UUA diffèrent beaucoup quant à leur état d’esprit, leur véhémence et  leur succès. Parfois, il y avait une amitié généreuse et des ententes à l’amiable. D’autres fois, il y avait des oppositions féroces, volte-face d’un côté, colères et frustrations de l’autre, et des propos acrimonieux. À certains moments, les négociateurs américains venaient aux rencontres mal renseignés et mal préparés pour négocier n’importe quoi. Trop souvent au cours de chacune des courtes années, les visages changeaient, de sorte que les négociateurs du CUC fussent toujours obligés de reprendre les explications depuis le début. Le mandat international de l’UUA est lui-même longtemps demeuré indéfini: était-ce un organisme national, continental ou international? Cette question se posa lorsque le Pakistan, qui déclarait avoir un potentiel de 5 000 membres, saisît le Conseil d’administration d’une demande d’adhésion à l’UUA. (31)     

        C’était comme si un changement radical se fût produit. Kim Turner, membre de la dernière équipe de  négociateurs du CUC se rappelle :  « C’était frustrant –il était clair que le rapport de force a joué contre  nous jusqu’à ce  que, du jour au lendemain, l’UUA commença à nous percevoir comme un groupe marginal (tel celui des noirs, des gays, etc.) au point où elle fut  obligée de faire bien attention de ne pas nous imposer ses standards, sa façon de dire et de voir. Son désir de laisser les Canadiens prendre leur destin entre leurs mains fut un point tournant ». (32)

       Pourquoi tout cela est-il arrivé ainsi? Ellen Campbell, directrice générale du CUC de 1990 à 2000, considère que les pasteurs et leur formation au Canada sont un facteur clé. (33)  

Kim Turner constata :    

« ... quand j’étais membre du conseil, il y a eu un autre changement  énorme qui a été  notre virage technologique. On est  passé des discussions à savoir si on devrait louer des télécopieurs pour les membres du  Conseil, ou avoir des discussions par courriel. Cela a chamboulé toute la manière de prendre des décisions et de communiquer à l’échelle transcanadienne ». (34)     

          Je vous propose trois raisons pour expliquer ce chavirement: 

La première est l’existence même du Canada, une réalité  que la plupart des gens aux États-Unis est incapable de s’imaginer, un pays qui a son  histoire, sa politique, sa logistique et ses communications, ses mouvements de population, ses media, son art, sa littérature, etc. Les unitariens universalistes canadiens ont besoin de trouver un moyen de se parler entre eux, de se visiter, de travailler ensemble, les uns pour les autres.  

        La deuxième est le processus, le processus auquel les unitariens universalistes du Canada ont eu recours dès le début pour produire le consensus et la confiance, mettre au point des projets, des préparatifs, des idées,  à établir et poursuivre des buts et des objectifs.                                                                                                                                                                      

         La troisième est le sentiment grandissant d’allégeance et d’engagement  des  Canadiens et  leur confiance dans leur capacité de gérer leurs propres affaires. L’embauche du premier directeur général du CUC a été un grand pas en avant. La collecte de fonds, plus de 400 000$ dans la dernière campagne de fonds de dotation,  commencée en 1993, et devenant toujours de plus en plus importante à chaque campagne annuelle, a  contribué aux sentiments d’engagement et de confiance. Le Conseil canadien volera de ses propres ailes le  1er  juillet prochain,  fort d’un budget de 690 000$. C’est une somme modeste aujourd’hui. Mais, je pense que cela sera quand même le coup de pouce que le Conseil unitarien  canadien avait besoin pour son lancement. L’argent qui fait défaut sera compensé par l’enthousiasme, la créativité, le dévouement, et l’acharnement. La volonté est là.  Les Canadiens y arriveront.    

                                                                                              

         Notes et références                                                                                         

          1. Mon expression  " De la dépendance à l'autonomie" est empruntée  du livre, From Colony to Nation: A History of Canada (Toronto - Longmans, Green and Company 1946 4th rev. ed. 1964 5th ed. 1977 McLelland and Stewart Limited).  Avec mes remerciements et mes excuses à Arthur R.M. Lower.    

          2. Selon les articles de cette constitution, les Catholiques romains et les Protestants avaient droit à leurs systèmes scolaires respectifs financés par l’État. Cette clause de la constitution a été modifiée en 1998 à la demande du gouvernement du Québec qui souhaitait que les deux systèmes soient organisés sur une base linguistique (Français et Anglais) et non religieuse. 

3. D’après le recensement de 1961, il y avait 4 291 689 Québécois et 5 123 151 Canadiens dont la langue maternelle était le français.  Le recensement de 1996 révèle une augmentation, laquelle est attribuable en partie au nombre croissant d’immigrants parlant le français et à d’autres facteurs tels les mariages entre francophones et anglophones.   

4. Seymour Martin Lipset, The Continental Divide, The Values and Institutions of the United States and Canada (New York - London: Routledge, Chapman and Hall, Inc., 1990)

5. Ibid. p. 26.

6. Ibid. p. 190. 

7. J. Bartlet Brebner Canada  -A Modern History (Ann Arbor: The University of Michigan Press 1960), p. 149. 

8. Report of the Committee on Goals, Unitarian Universalist Association 1967 (tableau 69). On leur a demandé, “Si vous vivez au Canada, pour quel parti avez vous voté lors de l’élection  fédérale de 1965?”  51.0% des répondants ont dit Néo-démocrate(NPD); 37.1% Libéral; 5.6% Conservateur; 0.3% Crédit social; Autre 0.3%; n’a pas voté 5.7%. 

9. Rapport de la  réunion annuelle tenue à  Winnipeg, du 14 au 17 mai  1971, publié dans The Canadian Unitarian, Été 1971. 

10.  Lipset op.cit. 88 (Ces chiffres seront modifiés par l’immigration ayant eu lieu depuis 1990. 

11. Ibid. p. 72. 

12. Ibid. p. 92 

13. Ibid.  p. 63, 67 et suivantes. 

14. Ibid. 53. 

15. Phillip Hewett, Unitarians in Canada (Toronto: Canadian Unitarian Council 1978, ed. Rev.1995), p. 24. 

16. Ibid, p.24à49

17. Ibid. p. 25.                                                                                          

18. Ibid. p. 250 

19. « La Commission remercie l’American Unitarian Association d’avoir assumé la gestion des églises canadiennes pendant la guerre. La géographie et les intérêts communs font que les églises canadiennes doivent collaborer étroitement avec l’American Unitarian Association.  Néanmoins, ces congrégations demeurent conscientes de leur attachement à ce pays et la Commission croit que l’assemblée, de sa part, doit mettre tout en œuvre pour démontrer combien ces sentiments sont réciproques. Il est particulièrement souhaitable qu’un ou deux pasteurs anglais s’installent au Canada dès que possible et que l’Assemblée se penche sur la formation du Canadian Unitarian Association que plusieurs Unitariens là-bas croient nécessaire » ( cité par A.Phillip Hewett dans un courriel expédié aux “UUs in the Canadian Unitarian Council” le 26  mars 2001).                   

20. Publié par le Canadian Unitarian Council, 55 Eglinton Avenue East, #705, Toronto, Ontario, Canada M4P 1G8 4th ed. rev. 1995. 

21. Publié par le Canadian Unitarian Council, 55 Eglinton Avenue East, #705, Toronto, Ontario, Canada M4P 1G8 

22. Brian Kiely, A Brief History of the Accord, in The Canadian Unitarian, September 1989. (Article reproduisant le libellé des cinq accords.). 

23. L’année fiscale du CUC se termine le 31 mars, celle de l’UUA le 30 juin. Ceci complique le calcul  des dons déclarés dans l’audit du CUC à  l'Accord qui, semble-t-il, suit l’année fiscale de l’UUA. L’année fiscale de l’audit du CUC du 31  mars 1983, par exemple, indique que le revenu du CUC qui provient de l’APF et des Friends of… s’élève à 53 925$, à  52 127$ pour la  Fondation Veatch, 4 000$ pour le LRCS, et 47 762$ en dépenses pour l’UUA.  

24. Les argents du LRCS provenaient, dit-on, du Holdeen Fund. Le site web de l’UUA contient des informations, repérables avec l’engin de recherche Google, sur ces deux fonds.  En  "googlant" on peut trouver des informations additionnelles sur le web. 

25. John Hopewell,  président 1997-99; Kim Turner,  présidente 1999-2001; Ellen Campbell,  directrice exécutive 1990-2000.  

26. Courriel à l’auteur, le  1er avril, 2002. 

27. La dernière équipe de négociateurs du CUC était dirigée par la présidente Kim Turner et composée du trésorier Mark Morrison-Reed,  du fidéicommissaire Brian Kiely,  du président sortant John Hopewell,  et  du fidéicommissaire du UUA pour le Canada, Katie Stein Sather. L’équipe de  l’UUA était dirigée par le modérateur Denny Davidoff et composée du conseiller financier  Larry Ladd et  des fidéicommissaires de district Gini Courter, Judi McGavin  et Kathryn McIntyre. Beth Graham a participé en tant qu’animatrice. 

28. Correspondance de la présidente du CUC Kim Turner à l’auteur.  Pour lire des paroles semblables et un texte plus  étoffé, voir president’s message dans le Special Report II on the agreement between the Canadian Unitarian Council and the Unitarian Universalist Association publié dans le The Canadian Unitarian ( février 2001 Vol.42 No.1).  Ce rapport inclus un résumé de l’entente, des descriptions, des explications et des interprétations. 

29. L’UUA a découvert qu’elle ne pouvait pas, en toute légalité, contraindre les  congrégations canadiennes (et toute autre congrégation) à quitter l’UUA. Je crois que cela se fera avec le temps. L’UUA revoit présentement les frontières de ses districts de façon à pouvoir exclure les congrégations canadiennes.                                                                                                                                  30.Summary from the CUC-UUA Negotiations 5 dans une note de service électronique, donnant le sommaire de la rencontre des négociateurs du 5 mars 2001. L’auteur de cette note est inconnu. Il se peut qu’elle ait été rédigée par les négociateurs eux-mêmes.                                                                                                                                                                   31. Ellen Campbell, Laying the Groundwork: Ten Years at the Canadian Unitarian Council (Edmonton, Alberta: Canadian Unitarian and Universalist Historical Society 2002) (Le Mark Mosher DeWolfe Annual Lecture de 2002, le 19 mai, 2002) 5.   

32. courriel reçu par l’auteur le  1er  avril.                                                                    

33. Ellen Campbell, op.cit.  

34. courriel reçu par l’auteur le  premier avril 2002.

 

 

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