Tribune libre unitarienne

CAP SUR LE SAINT-LAURENT par Léo Poncelet.

Tribune libre unitarienne est entrée dans sa troisième année. Dans ce numéro, notre voilier met le cap sur le Saint-Laurent, avant de larguer à nouveau les amarres.  

Les quatre articles, lus les uns en rapport avec les autres, font soulever la question suivante. Comment se fait-il que l’unitarianisme, qui a pris son envol à Montréal dans les années 1840, comme nous l’apprend Nancy Labonté, a eu si peu d’impact, en somme, au Québec francophone?  

Margaret Claveau (1) dans une allocution donnée à Edmonton, en 1994, soutenait qu’on ne pouvait pas dissocier la sociologie et la théologie. S’inspirant de la « théologie contextuelle » de Mark De Wolfe(2), elle affirme qu’il y aura, un jour, une église unitarienne du Québec, et que celle-ci sera très différente des autres églises unitariennes.  

Elle a peut-être raison. Mais nous sommes en 2007 et elle a écrit cela en 1994. L’écart entre le rêve et la réalité est presque  toujours aussi grand. Peut-être que c’est le langage théologique qui fait problème? Au Québec, le mot église semble réveiller trop de mauvais souvenirs. Le thomisme, que j’ai appris durant mon temps de collège chez les Jésuites, est mort avec la fin des collèges classiques, durant la révolution tranquille.  La jeune génération a d’autres soucis plus terre-à-terre. Les jeunes vivent  pour le présent, mais aussi plusieurs se sentent responsables de l’état de la planète dont dépend le bonheur de tous. Comme le dit Nancy Labonté  leur  « annoncer que l’on pratique des rites spirituels, c’est un peu comme faire un coming out! ».  La soi-disant science de Dieu ne leur dit rien. L’humanisme religieux des unitariens universalistes non plus, parce qu’ils associent notre mouvement, à tort, et trop spontanément, avec les pratiques religieuses du Québec d’antan.    

L’article de Val Bourdon, nous parle avec brio de nos deux solitudes dans le contexte de l’histoire et de la culture du Québec, espérant ainsi créer entre elles une meilleure entente. En contraste, dans son article, Charles Eddis s’interroge sur la rupture des unitariens et universalistes canadiens d’avec leurs frères unitariens universalistes américains, et retrace l’essor du Conseil unitarien canadien (CUC) depuis 1961 jusqu’en 2002. Dans ce contexte international, les enjeux du développement d’un unitarianisme francophone au Québec, on le devine,  ne sont pas de tout repos.   

 Pourquoi l’unitarianisme, qui a une histoire de longue durée chez les anglophones de Montréal, a-t-il fait si peu d’adeptes chez les Québécois francophones jusqu’ici? La réponse à cette question est une énigme du moins pour moi, sinon pour d’aucuns. Et comme les quatre articles n’ont pas non plus tenté d’y répondre directement, ce serait certes présomptueux pour moi de faire autrement. Au lieu d’adopter l’esprit de l’expert qui tue l’imagination, vaut mieux faire mien « l’esprit neuf » du maître Zen Suzuki dont nous a parlé Diane Rollert dans son allocution, lors de l’action de grâces : être attentif, questionner, prendre le temps de réfléchir avec les autres à l’instar de notre nouvelle pasteure, bref garder ce regard affûté sur les choses, l’esprit du débutant, que j’avais quand je suis arrivé au Québec de mon Manitoba natal, vers l’âge de 20 ans.  

Nos quatre auteurs, chacun à sa manière, apportent du matériel à réflexion pour mieux imaginer notre avenir dans la vallée du Saint-Laurent. Décidément le Québec, qui est mon pays d’adoption depuis les années 1960, n’a pas fini de m’étonner. 

Souhaitons que le présent numéro fasse « naître sur notre sol de plus en plus de ces possibilités que renferme la dynamique idée de l’unitarianisme canadien » dont nous a déjà parlé Raymond Drennan (3).  

La rédaction invite ses lecteurs à donner leurs réflexions et leurs commentaires sur les articles dans ce numéro. 

Bonne lecture!

 Références  

1. Margaret Claveau, Une église unitarienne du Québec, A talk given at the Canadian Unitarian Council Annual General Meeting, Edmonton, AB, May 1994.  

 2. Mark DeWolfe, Our Corner of the Mosaic:Unitarian Universalism and the Canadian Contextual Theology. A paper given at the Canadian Unitarian Council Annual Meeting in Paris, ON in May 1985. Available from CUC headquarters, Toronto, ON. 

3. Raymond Drennan,  L’unitarianisme canadien: l’idée d’une possibilité,  Tribune libre unitarienne, vol.1, no.1, 2005.

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