Tribune libre unitarienne

SURVOL DE L’HISTOIRE DU QUÉBEC ET DE SA CULTURE, Par Valmyre Bourdon

Adaptation française de Léo Poncelet   

( Texte  paru  en 1994 dans Growing Up in Québec A series of Sunday Services by Members of the Unitarian Church of Montreal,. Quebec History and Culture:An Overview. ) 

Jamais au Canada n’a-t-on eu autant besoin d’un compromis! Je vous propose cet article dans l’espoir de contribuer à une meilleure entente entre nos deux solitudes. 

Que connaissons-nous, en réalité, du Canada français, son psychisme, sa culture?  La plupart d’entre nous n’ont que de vagues souvenirs d’une histoire biaisée, apprise à l’école anglo-protestante; et les Canadiens-français, jusqu’à tout récemment, apprenaient une histoire imbue d’un parti pris religieux, qui faisait l’éloge des Jésuites œuvrant à l’évangélisation des Amérindiens; de l’épopée de Dollard Des Ormeaux, de Madeleine de Verchères et des Saints martyrs canadiens. 

Dans son roman classique, Two Solitudes, Hugh McLennan a dépeint en détail les différences culturelles entre les Français et les Anglais. (1)  Comme un Canadien-français protestant, j’ai pu connaître ces deux solitudes de l’intérieur, raison pour laquelle je m’identifie  à chacune d’elles. 

Samuel de Champlain fonda la ville de Québec en 1608, douze ans avant le débarquement des Pères pèlerins à Plymouth. Après l’Acadie, ce lieutenant du protestant, le sieur Pierre Du Gua de Monts, avait trouvé, à l’intérieur du St-Laurent, le lieu idéal recherché pour la colonisation. Au pied du cap Diamant, il fit construire « l’Abitation » de Québec. Au moment de la Conquête britannique, cette colonie laurentienne était habitée depuis 152 ans. Aussi appelée le Canada, cette région, qui correspond à l’aire seigneuriale, était la plus peuplée de la Nouvelle-France. Sa population, en 1760, se chiffrait en tout à quelque 76 000 habitants, (2) concentrée surtout autour des enceintes de Québec (40 000 habitants), de Trois-Rivières (6 000 habitants), et de Montréal (30 000 habitants).

          Le Canada, sous le régime français, était une véritable civilisation de rivière. « À la fin du régime français », écrit Pierre Deffontaines, « un voyageur aurait pu voir presque toutes les maisons du Canada en canotant le long du Saint-Laurent et de la Richelieu; c’est ce qu’on appelait le bord de l’eau ou les côtes, appellation qui était synonyme de campagne habitée ».(3) C’était une société hiérarchisée basée sur l’agriculture et la traite des fourrures, prenant la forme d’une pyramide sociale. Tout en haut, se trouvaient  l’évêque, puis le gouverneur et l’intendant qui administraient la colonie; en dessous les seigneurs, les marchands et les communautés religieuses, et sur l’échelon tout en bas les artisans, les fermiers et les coureurs-de-bois. Ceux au sommet de la pyramide se voyaient comme les Français; ils ne s’identifiaient pas au Canada. Ils étaient venus au Canada pour servir le roi ou  pour faire fortune et rentrer en France. Ceux qui sont nés dans la colonie étaient connus comme les Canayens. (4) Ceux-ci se sentaient enracinés dans le Canada. Ils étaient sans fortune et attachés au sol; appartenant à la classe paysanne, ils aspiraient à se reproduire et à mourir ici.  

L’institution principale de la colonie laurentienne est le régime seigneurial, mais celui-ci n’a rien à voir avec le féodalisme français. Cette institution a dû s’adapter aux conditions nouvelles du Canada. Selon le sociologue Jean-Charles Falardeau « l’habitant canadien refuse le « village » de type français pour s’en tenir à la « côte » et au « rang ». (5) Le régime seigneurial au Canada précéda tout autre cadre de vie sociale, fût-il la paroisse; il a  perdu son caractère politique  pour devenir « un régime purement économique....un mode de distribution des terres et de leur exploitation ». (6) Dans le contexte canadien,  le seigneur est devenu tout au plus un intermédiaire entre l’État et les nouveaux colons. Sa tâche est surtout celle d’un «entrepreneur en peuplement», selon l’expression utilisée par l’historien Marcel Trudel.  

Suivant l’estimation de Milnes, 7 985 470 acres (7) ont été concédées au domaine seigneurial tout au cours du régime français, tant à des ordres religieux qu’à des individus privilégiés, d’abord par la Compagnie des Cent-Associés fondée par le Cardinal Richelieu en 1627, grand ministre de Louis XIII, et ensuite sous le gouvernement royal en 1663, par les divers gouverneurs et  intendants de la colonie laurentienne. A ce moment,  Louis XIV annule le contrat de la Compagnie des Cent Associés car celle-ci n'a pas tenu sa promesse d'encourager le peuplement de la colonie.

La plus grande partie de cette terre laurentienne réservée au domaine seigneurial, 5 888 716 acres, a été cédée à des laïques. Le restant, 2 096 754 acres, soit le quart du total, a été cédé à l’Église catholique romaine avant 1763, principalement durant le dix- septième siècle.  En voici la distribution  selon les ordres religieux:(8)

Les Ursulines de Québec.......................................164 615

Les Ursulines de Trois-Rivières.............................. 38 909

Les pères récollets .................................................       945

L'Évêché et le Séminaire de Québec....................693 324

Les jésuites.............................................................891 845

Les sulpiciens........................................................ 250 191

L'hôpital général de Québec..................................         73

L'hôpital général de Montréal.............................. ..       404

L'hôtel-Dieu de Québec...........................................14 112

Les Soeurs Grises....................................................42 336

 

Total..................................................................…2 096 754  

 

         Selon Myers, (9) cette estimation de 7 985 470 acres est probablement trop conservatrice. D’autres données indiquent une superficie plus grande du domaine seigneurial, de l’ordre de 9 027 880 acres. On compte 376 seigneurs au Canada, donc un peu moins de 400 seigneuries. 

Chaque seigneur devait subdiviser sa terre en lots et les peupler, sous peine de perdre son fief. Chaque seigneurie pouvait avoir jusqu’à cent censitaires, qui se faisaient appeler « les habitants ». Le seigneur concédait à chaque habitant  un lot de terre d’environ 90 acres, à condition de tenir feu et lieu, de faire désert (défricher, « essarter »). L’habitant devait en retour payer au seigneur une redevance annuelle en argent ou en nature. Il devait donner cinq jours de travail au seigneur par année sans rémunération, et renoncer à 10 pour cent des grains de toute sa récolte. Il devait, entre autres, faire moudre son grain au moulin du seigneur.

         Les seigneurs détenaient un monopole sur les emplacements de pêche et d’énergie hydraulique; ils pouvaient établir des tribunaux et expulser les censitaires de leur concession lorsque ceux-ci n’avaient pas acquitté leur redevance annuelle ou déboisé et cultivé le sol à leur satisfaction. C’était un système d’exploitation et d’appropriation du surplus agricole, équivalent au servage.   

Le régime seigneurial est maintenu après la conquête pour être  aboli  en 1854. À ce moment les habitants obtiennent enfin le droit à la propriété privée; le droit de vendre et d’acheter le sol, également de vendre leur force de travail, droits dont ils avaient été privés pendant plus de deux siècles.

          La guerre de sept ans (1756-1763) était un conflit d’envergure mondiale.  En Europe, la France combattait la Prusse et Hanovre, alliés de la Grande-Bretagne, et, par conséquent, elle manqua d’hommes de troupe pour la Nouvelle-France. En contrepartie, la Grande-Bretagne comptait sur des mercenaires prussiens et allemands pour défendre l’électorat de Hanovre au nom de George II. Prenant avantage des préoccupations militaires de la France sur le continent, la Grande-Bretagne misa sur sa supériorité maritime pour s’emparer des colonies nord-américaines de la France et l’anéantir comme rivale commerciale. 

Le 26 juin 1759, c’est le début du siège de Québec. La flotte du Général James Wolfe, comptant  20 000 hommes, arrive à l’Isle-d’Orléans.  La forteresse de Québec est bien défendue par 7 000 hommes de troupe et de milice sous les ordres du Général Montcalm. Wolfe renonce à débarquer. Il assiège la ville trois mois durant; les Britanniques tirent 40 000 coups de cannons et font exploser 10 000 bombes, réduisant la ville et ses installations portuaires en débris. Wolfe ordonne à ses troupes de mettre le feu à tous les étables, bâtiments et cabanes, excepté les églises. Le bétail est saisi pour nourrir ses troupes et les récoltes sont  brûlées; c’était une politique de terre brûlée, laissant la colonie complètement ravagée!

         Avant l’approche de l’hiver, Wolfe décida de faire une dernière tentative pour prendre Québec. Le 13 septembre 1759, avec 4 500 soldats réguliers, sous le couvert de la nuit, il se mit  à contourner lentement les fortifications tombant en ruine, pour arriver sur les Plaines d’Abraham en escaladant la falaise surplombant l’Anse-au-Foulon.  

Ce n’était pas le point de débarquement auquel s’attendait Montcalm. Prévoyant une riposte des Britanniques à Beauport, près de la chute Montmorency, il fut pris au dépourvu. Ayant marché toute la nuit durant avec ses 4 000  miliciens et hommes de troupe, il arriva sur les Plaines d’Abraham pour l’affrontement. Les soldats britanniques hautement disciplinés étaient déployés en position de tir, chaque soldat muni d’un fusil pouvant tirer deux coups. Montcalm donna l’ordre d’attaquer. La bataille ne dura que dix minutes. Wolfe et Montcalm sont tous deux mortellement blessés. Québec capitule le 18 septembre 1759. Les Britanniques avaient perdu 58 soldats et comptaient 596 blessés. Les pertes du côté français étaient trois fois plus importantes. L’année suivante, la ville de Montréal tomba aux mains des Anglais. C’est la chute de la Nouvelle-France.  

C’est ainsi que débuta le rapport tourmenté entre les deux ‘solitudes’.     

 

            Conformément à la capitulation conditionnelle de 1760, la Grande-Bretagne accorde aux Canadiens qui le désirent un délai de 18 mois pour émigrer.  Un certain nombre de membres de la classe dirigeante et marchande ainsi que presque tous les membres du haut clergé rentrèrent en France, laissant, en 1765, une population d’environ 70 000 Canadiens, répartis dans 118 paroisses, se débrouiller toute seule (10).

             Les membres du clergé catholique, qui avaient de vastes propriétés foncières  en jeu, furent prompts à saisir l’occasion pour remplir le vide créé par ces départs dans la structure sociale. Dès la Proclamation Royale de 1763, ils s’adaptèrent aux conditions nouvelles en se rendant indispensables aux Britanniques comme  porte-parole et intermédiaires entre les conquérants et les colons; ils incitèrent leurs ouailles à prêter le serment d’allégeance à la Couronne britannique; ils l’aidèrent même à désarmer la milice française; et les Ursulines, qui possédaient de grandes propriétés foncières, se firent aimer par le gouverneur britannique, en tricotant des chaussettes de laine pour l’escadron britannique! 

            Les Britanniques, quant à eux, voyaient les membres du clergé comme des alliés stratégiques pour contrôler les Canayens. 

            L’Acte de Québec est la deuxième constitution du Canada après la Proclamation Royale de 1763. Il fut proclamé en 1774 par la Couronne britannique, désireuse de détourner du Canada le vent républicain qui agitait les treize colonies. L’Acte de Québec accorda un vaste territoire au Québec, restaura le régime seigneurial, abolit le serment du test et ramena le droit civil français. Les catholiques dorénavant pouvaient pratiquer leur religion librement. Les membres du clergé pouvaient garder leurs propriétés, voire  prélever la dîme.  Au fil des ans, l’Église catholique augmenta même ses recettes en réclamant des loyers pour les bancs d’église et des frais pour les baptêmes, les mariages, les funérailles et les messes pour le repos des âmes de personnes bien-aimées ayant quitté ce monde. À la fin du XIXe siècle, « la bourgeoisie et le clergé étaient en compétition pour le contrôle de la vie politique et sociale dans les campagnes obéissant à la coutume seigneuriale », les Britanniques ayant institué l’Église catholique involontairement comme une religion d’État. Bref, l’Acte de Québec donne avantage aux deux classes qui dominaient la paysannerie, les seigneurs et le clergé, afin qu’ils empêchent les habitants de soutenir le mouvement républicain en Amérique.  

 C’était un exemple classique du développement d’une relation symbiotique par une Église et un État pour contrôler les masses.

             Les colons de la Nouvelle-Angleterre, déjà mécontents de la domination britannique, considéraient l’Acte de Québec comme autocratique et intolérable parce que celui-ci protégeait les membres du clergé catholique et en fait instituait l’Église catholique comme une religion d’État au Québec. L’Acte de Québec empêchait aussi les colons de la Nouvelle-Angleterre de s’installer dans la vallée de l’Ohio et cela écartait les marchands de New York de la traite des fourrures.

             Les Américains se révoltèrent contre la domination britannique et, en 1775, après une tentative infructueuse d’obtenir l’aide des Français, deux armées coloniales sous les ordres des Généraux Montgomery et Benedict Arnold, envahirent le Québec, prenant Montréal et assiégeant la ville de Québec à nouveau. Cependant, au printemps de 1776, des renforts britanniques, sous les ordres du Général Burgoyne, arrivèrent et refoulent les Américains dans leur territoire.

             Le 4 juillet 1776, les Américains déclarèrent leur indépendance de l’Angleterre; cependant un tiers des colons, en tout 100 000 personnes, demeurèrent loyaux à l’empire britannique. Trente mille de ces loyalistes échouèrent dans l’endroit où se situe actuellement Saint-Jean au Nouveau-Brunswick; et une centaine s’installèrent à William Henry, ville appelée actuellement Sorel; pendant ce temps dix mille s’installent à demeure dans la portion du Québec qui fait  partie de l’Ontario actuel. Chaque chef de famille loyaliste recevait une concession de terre de 100 acres en propriété inaliénable, en plus de 50 acres pour chaque membre de sa famille; certains officiers  recevaient parfois des concessions de 5 000 acres.  Pendant ce temps, les habitants devaient continuer de  travailler sous le régime seigneurial.

             Les loyalistes ne voulaient rien à voir avec les Français et  leur loi civile, ni avec leur régime seigneurial; la concession du pouvoir aux membres du clergé catholique au Québec semait autant chez eux qu’au sein de la classe marchande à Montréal la grogne contre la Couronne anglaise, grogne identique à celle des colons américains avant leur indépendance. L’Angleterre, venant de vivre la révolution américaine, opta pour un compromis. En 1791, l’Acte constitutionnel entra donc en vigueur. Il  partageait la province de Québec en deux entités, le Haut-Canada (l’actuel territoire de l’Ontario) et le Bas-Canada (l’actuel territoire du Québec), chacune avec une Chambre d’assemblée distincte, élue par le peuple.

             Ce changement de système pour le peuple canadien était tout à fait nouveau, habitué au despotisme français, et par la suite anglais. Voilà que l’Angleterre leur reconnaît presque un état national distinct. L’Acte constitutionnel donna le goût de la politique à l’élite canadienne. C’est durant cette période qu’on voit apparaître les premiers personnages politiques canadiens, les plus connus étant: Pierre-Stanislas Bédard, fondateur du parti canadien, les deux frères Viger, Louis-Hypolyte Lafontaine, Wolfred Nelson, Ludger Duvernay, et surtout Louis-Joseph Papineau.

             Dans la société bas-canadienne, les marchands canadien-français, bien qu’exclus du commerce international, étaient maîtres du commerce local, ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle petite bourgeoisie, composée de marchands, de notaires, d’avocats, et d’autres professionnels. Ceci n’empêcha cependant pas l’influence et le pouvoir des membres du clergé de grandir. Il faut noter l’impact de la révolution française de1789 sur le Canada  avec «la venue des congrégations de prêtres et de religieux français, la plupart imbus de la notion que la démocratie libérale était incompatible avec le catholicisme ». (11) Le Bas-Canada était essentiellement une société agraire, exploitée et dominée par la soutane, les seigneurs et les marchands(12).

             Le gouvernement du Bas-Canada comprenait une Chambre d’assemblée élue, fruit de nombreux affrontements sociaux et ethniques. Trente cinq des élus étaient français, seulement quinze étaient anglais, tandis que le conseil exécutif, nommé par Londres, se voyait dominé par les marchands anglais. Il va s’en suivre une crise politique qui durera plus de 30 ans. La Chambre d’assemblée fut souvent paralysée par des impasses constitutionnelles entre le conseil exécutif et le gouverneur britannique. Il y eut de fréquentes émeutes, spécialement durant le temps des élections.

             Il était évident que  les Anglais, un sixième de la population, étaient en train de perdre leur contrôle sur la Chambre d’assemblée pour favoriser le capitalisme et la suprématie anglophone. Le gouverneur Dalhousie jugea que la seule manière de mettre fin à l’impasse serait d’assimiler la majorité francophone. Il proposa donc au gouvernement de Londres de réunir à nouveau les deux provinces du Haut et du Bas-Canada sous une seule Chambre d’assemblée élue, avec soixante députés pour chaque district, en dépit du fait que la population du Bas-Canada comptât 100 000 personnes de plus. La langue officielle du nouveau Canada uni serait l’anglais, et seulement les personnes ayant un bien-fonds évalué à 500 livres sterling et plus seraient autorisées à poser leur candidature aux élections.

             Il va sans dire que l’élite politique canadienne fut vivement opposée à  une telle proposition, à commencer par Louis-Joseph Papineau, un avocat et un orateur à la Chambre d’assemblée. Mais ce que lui-même et les Patriotes, qui comptaient un certain nombre d’Anglais dans leurs rangs, revendiquaient avant tout, c’était  la maîtrise totale des lois et des dépenses. En d’autres mots, leurs luttes contre les représentants de la métropole mettaient en cause le contrôle de tout le rouage administratif de l’État; ce que les gouverneurs trouveront scandaleux. Elles furent ponctuées de réunions clandestines, de manifestations et d’émeutes; et pour comble de malheur, les États-Unis aux prises avec une vague de dépression provoquèrent un taux élevé de chômage dans la colonie du Bas-Canada. Une épidémie de choléra entraîna la mort de 3 000 personnes dans la ville de Québec à elle seule. On pointa du doigt les Britanniques pour avoir fait entrer des immigrants dans des conditions insalubres.

             En 1834, la Chambre adopte le projet des “92 Résolutions”. Le 6 mars 1837, coup de force de l’oligarchie. Sont présentées aux Communes de Londres les “résolutions Russell” contredisant les revendications des Patriotes: pas de Conseil législatif, pas de gouvernement responsable, contrôle du budget par le gouverneur, feu vert pour le pillage des caisses de l’Assemblée, confirmation du titre légal de la propriété de la British American Land Co. Le 7 mai 1837, riposte  aux “résolutions Russell”.  Les Patriotes adoptent les douze résolutions de la “Déclaration de Saint-Ours” qui dénoncent l’oppression coloniale.  Dès lors, le climat social est mûr pour la rébellion de 1837-1838.

             Papineau, dans un discours célèbre, invite les Canayens à boycotter les produits venant d’Angleterre. Gosford interdit les assemblées populaires, mais cet ordre est sans effet. Au mois d’août 1837, il dissout l’Assemblée. Des institutions parallèles prennent naissance ici et là. Les jeunes partisans du parti patriote fondent à Montréal en août 1937 l’association des Fils de la Liberté. André Ouimet  dirige sa section civile et politique, secondé par Louis-Joseph Papineau et Edmond Bailey O’Callaghan. Thomas Storrow Brown(13), un unitarien, dirige sa section militaire. Le 4 octobre l’association des Fils de la Liberté publie un manifeste proclamant le droit des peuples à l’auto-détermination et adopte du même coup l’hymne nationale du Canada « avant tout  je suis Canadien », composé par George-Étienne Cartier.

            Le 23 octobre, les Patriotes tiennent  l’assemblée des Six Comtés, à St-Charles, qui approuve solennellement les Fils de la Liberté. Durant cette assemblée le docteur Côté, député de l’Acadie, conclut son discours en disant: « Le temps des discours est passé, c’est du plomb qu’il faut envoyer maintenant à nos ennemis ». Le lendemain, mandement de Mgr Lartigue, évêque de Montréal. Le surlendemain, 26 mandats d’arrestation sont lancés contre les chefs politiques de la Rébellion, accusés de haute trahison.  La plupart d’entre eux s’enfuient vers la campagne.  

            C’est la répression et le début du conflit armé. Le 6 novembre, a lieu le fameux affrontement entre les Fils de la Liberté et le Doric Club à Montréal, une organisation armée formée de loyalistes volontaires. Lors de cet affrontement, Thomas Storrow Brown est grièvement blessé à un œil. Avec leurs troupes, Wetherall et Gore quittent Montréal, l’un en direction de Chambly, l’autre en direction de Sorel, en vue de remonter la Richelieu. Le 23 novembre 1837, les Patriotes gagnent la bataille de Saint-Denis-sur-Richelieu, mais ils sont défaits quelques jours plus tard à la bataille de Saint-Charles-sur-Richelieu pour laquelle Thomas Storrow Brown agit en commandant. Il se réfugie aux Etats-Unis où se trouvait Papineau. Le 5 décembre 1837 la loi martiale est proclamée à Montréal. Le 14 décembre, une autre défaite des Patriotes à Saint-Eustache. Mort de Chénier, un chef des Patriotes. Fin du premier soulèvement armé de 1837.

            Le 28 février 1838, à Alburg, en présence de quelques centaines de Patriotes réfugiés aux États-Unis, Robert Nelson proclame la République du Bas-Canada. Il est nommé président du gouvernement provisoire. Le document décrète ce que suit:  

-L’Indépendance du Bas-Canada  

-L’élection d’une assemblée constituante  

-Le suffrage universel pour les hommes, y compris les   amérindiens                                            

-Le scrutin secret  

-L’adoption des deux langues dans les affaires publiques  

-La liberté de presse  

-La séparation de l’Église et de l’État     

-La suppression de la dîme  

-L’abolition des redevances seigneuriales  

- La nationalisation des terres des terres de la Couronne et de celles de la British American Land  

                 Le Dr Cyrille-Hector-Octave Côté et Robert Nelson font partie de la faction radicale des Patriotes. Avec d’autres Patriotes exilés aux États-Unis, ils fondent une armée de libération appelée Les Frères Chasseurs, qui s’organise secrètement pour préparer l’invasion du Canada. William Lyon Mackenzie, chef de la rébellion du Haut-Canada de 1837, est aussi membre  de cette organisation paramilitaire. L’unité de base de celle-ci est la loge, qui se multiplie autant dans le Bas-Canada que dans le Haut-Canada, voire même ailleurs. St. Albans (Vermont) est son quartier général. Le Grand Commandeur du Comité de direction de cette organisation secrète est Robert Nelson. Côté en est le  vice-président et le trésorier (14).

            Lord Durham, venu au Canada pour enquêter sur les causes des troubles de 1837, supprime la loi martiale le 5 avril 1838. Le 1er novembre, il s’embarque pour l’Angleterre. Le 3 novembre, deuxième soulèvement armé sous le commandement de Robert Nelson. Le 8 novembre, l’armée des Patriotes est défaite à la bataille d’Odelltown. Le 18 novembre, des accusations de haute trahison sont portées contre 855 personnes, dont 12 seront finalement pendues et 56 bannies.

            Le 23 juillet 1840, l’Acte d’Union est proclamé. Le clergé catholique obtient de nouveaux pouvoirs corporatifs et des droits de propriété accrus, y compris l’exonération de taxe pour les communautés religieuses. Le système seigneurial fut aboli en 1854, en compensant les seigneurs.

            Il y eut d’autres événements, mais ce serait trop long d’en parler ici. Il y eut  l’incendie du parlement du Canda-Uni et de sa bibliothèque en 1849 par une bande de Tories qui croyaient que Londres les avait abandonnés en faisant trop de concession aux Canadiens-français; et il y eut aussi un mouvement pour l’annexion du Canada aux États-Unis.

            Bref, sous l’Acte d’Union, le rêve d’un Canada à deux de Baldwin et de LaFontaine se consume dans les cendres du marché Ste-Anne. Montréal ne fut qu’une capitale éphémère. Suite à ces événements tragiques fut instauré un gouvernement représentatif; aboutissant à la fédération des colonies britanniques de l’Amérique du Nord, en 1867. Donc, vingt sept ans après l’Acte d’Union, le Québec et l’Ontario redeviennent des entités séparées. Mais contrairement au temps de l’Acte constitutionnel de 1791, ils ne seront plus à deux. Dorénavant, ils seront plusieurs à faire partie d’un nouveau territoire de l’Atlantique au Pacifique, appelé d’abord le Dominion du Canada, et maintenant le Canada.

            Durant cette période turbulente de l’Acte d’Union à la Confédération, la phase préindustrielle du Canada tirait à sa fin. Les Anglais étaient occupés à bâtir des chemins de fer, à développer des institutions financières, des entreprises de transport routier, d’exploitation forestière, usines à papier, etc. Les Molson, les MacLaren, les Redpath, les MacDonald et les autres mirent le Québec sur la voie de l’industrialisation, les Première et Seconde Guerres mondiales confirment son rang parmi les sociétés industrielles, bouleversant sa structure sociale et lançant un défi aux membres du clergé.

            Le nouvel âge industriel fit naître d’immenses fortunes, mais cet essor économique ne bénéficia jamais à la majorité située à la base de la pyramide sociale; elle devait se contenter de bas salaires, de longues heures de corvée, de mauvaises conditions de travail et de l’espoir d’une récompense dans le Royaume des cieux.  L’ignorance, après tout, est une marchandise exploitable!

            Le 24 octobre 1929, le krach boursier, désormais appelé le jeudi noir, met brusquement fin aux années folles des années 20. Une crise économique de longue durée s’ensuit qui se répercute au Québec comme ailleurs dans le monde. Les  petits investisseurs, ayant trop misé sur une prospérité factice, perdent leur chemise. Conséquemment, la Grandeur de l’élite anglo-protestante de Montréal connaît le déclin (15). Mais son sort n’est rien à comparer à la misère terrible  des travailleurs dans les bas-fonds de la ville de Montréal et ailleurs au Québec. Le taux de sans-emplois parmi la classe ouvrière ne cesse de grimper durant la grande dépression de 1930. Rappelons que l’assurance-chômage est inexistante. Elle entre en vigueur qu’en 1940. En ce qui concerne les secours publics ou le « bien être » on ne sait pas ce que c’est.

            Une autre période spécifique au Québec, connue comme la Grande noirceur, prolonge cette décennie de misère des années 1930 jusqu’à la révolution tranquille de Jean Lesage, en 1960. Elle coïncide avec le règne de Duplessis qui dure  plus de vingt ans. Avec son parti, l’Union nationale, Maurice Duplessis dirige  le Québec de 1936 à 1939, puis de 1944 jusqu’à sa mort, en 1959. Sous le règne de ce célibataire endurci, on vit une recrudescence de l’influence du clergé et un réveil de l’idéologie conservatrice; c’était un temps marqué par les agitations ouvrières, les affrontements, le patronage et la démagogie. Duplessis est le dernier des vieux politiciens à récolter des votes par la promesse de routes, de ponts ou d’hôpitaux aux comtés qui voteraient pour son parti.

            Maurice Le Noblet Duplessis fut le Joseph McCarty du Québec. À l’instar du clergé, il était contre les groupes syndicaux et  voyait des communistes partout. Quand le nouveau pont enjambant la rivière St-Laurent à Trois-Rivières s’effondra après la traversée d’un autobus, Duplessis accusa les communistes, mais il s’avéra que les vrais coupables fussent les ingénieurs ayant utilisé un acier de qualité inférieure pour sa construction.

            Pour empêcher la diffusion du communisme, Duplessis introduisit la tristement célèbre loi du cadenas de 1937 qui autorisait la police à cadenasser et à interdire l’accès à tout édifice soupçonné d’être utilisé à des fins communistes. Ces mesures excessives visaient en fait les travailleurs syndiqués, victimes de harcèlement, souvent emprisonnés, voire tués. Les films, les livres faisaient aussi l’objet d’une censure sévère et la liberté religieuse était restreinte.

            Avec l’avènement de l’industrialisation du Québec, les chefs ecclésiastiques, dans l’espoir de garder un contrôle sur leurs ouailles, organisèrent des syndicats catholiques pour les travailleurs agricoles et industriels en accord avec la doctrine sociale de l’Église. Dans cette société catholique idéale, le travailleur avait une place déterminée par la providence divine.

            Le 13 février 1949, 2 100 travailleurs de la Canadian Johns Manville à Asbestos déclenchent une grève spontanée. Peu de temps après, 3 000 autres mineurs de Thedford Mines leur emboîtent le pas. Ce conflit, qui allait se terminer 138 jours plus tard, opposait les mineurs affiliés à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) à trois entreprises minières.  Pendant cette grève  historique au Québec, des actes de violence sans pareil furent commis. La police provinciale, appelée la police à Maurice, a été intraitable. 

            Jean Marchand, Pierre Elliott Trudeau, et Gérard Pelletier, personnages qui deviendront bien connus subséquemment sur la scène politique fédérale, ont pris la parole pour les travailleurs d’Asbestos. Pelletier et Trudeau étaient aussi rédacteurs de Cité Libre, revue d’avant-garde connue pour ses critiques ouvertes contre l’Église et le régime de Duplessis. L’évêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau a été le seul ecclésiastique à prendre part pour les grévistes. Il organisa des quêtes dans les églises de Montréal pour envoyer des vivres aux grévistes d’Asbestos et de Thetford Mines. Pour ce geste pro-syndical, Mgr Charbonneau est rétrogradé à un autre poste et exilé en Colombie Britannique par l’influence de Maurice Duplessis et de l’évêque de Rimouski.

            Les lois du Québec reconnaissaient peu de droits aux femmes. Le droit de vote de la femme ne devint en vigueur qu’en 1940, sous le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. Jusqu’alors, seulement les femmes non mariées qui possédaient de la propriété avaient le droit de vote. Mais  elles le perdaient si elles se mariaient pour devenir subordonnées à leur époux.  

            Paul Blanchard, dans American Freedom and Catholic Power décrit l’éducation et la culture québécoise de la période comme ceci:    

“Le Québec est l’endroit le plus catholique du continent et, comme l’a écrit un auteur catholique: « c’est l’une des seules communautés presque entièrement catholiques qui restent dans le monde ». Le divorce, le contrôle des naissances et les écoles publiques sont inexistants. Sa capitale, la ville de Québec, n’a aucune bibliothèque publique. Nous avons un désert culturel au sein d’un Dominion progressif et démocratique. Le séparatisme catholique est l’un des facteurs principaux qui expliquent cet isolement culturel.  

Les enseignants catholiques du Québec  reçoivent environ la moitié du salaire des enseignants non-catholiques. Presque tous les enfants catholiques quittent l’école à un âge précoce pour travailler, après avoir fréquenté pendant quelques années les salles de classe comme élèves défavorisés. Jusqu’en 1943, la province de Québec n’avait aucune loi pour l’enseignement obligatoire, et même aujourd’hui, la loi qui oblige la fréquentation de l’école  jusqu’à l’âge de 14 ans n’est pas mise en vigueur dans la plupart des régions rurales. Le budget de l’éducation au Québec est un tiers, per capita, de celui de l’Ontario.

Le catholicisme est, en fait, une religion d’État. Il y a un crucifix dans chaque salle de classe et un catholique est titulaire d’une fonction dans pratiquement tous les bureaux politiques. L’Église contrôle presque tous les services sociaux de la province. L’historien catholique, Mason Wade, dit que les drapeaux et les portraits papaux sont plus répandus au Québec qu’à Rome. La hiérarchie catholique domine toute la vie culturelle de la province, à l’exception de la culture dans les quelques îlots urbains où il y a des anglophones. Cette hiérarchie est française, mais contraire à l’hiérarchie française de type moderne, puisque son point de vue est hostile à la France moderne et républicaine. Elle est antiaméricaine, antibritannique, anti-parisien et antiscientifique et, jusqu’à tout récemment,  bien disposée envers le fascisme.”

    

            Entre 1951 et 1961, la population du Québec se chiffrait à quatre millions d’individus; de ceux-ci 87% étaient français et seulement 12% étaient anglais. Les francophones gagnaient des salaires 35% moins élevés que ceux des anglophones; ils étaient du travail à bon marché dont s’est servi Duplessis pour attirer l’industrie étrangère.

            Duplessis, au lieu d’encourager le développement des ressources naturelles du Québec par ses propres citoyens, les offrit à des entrepreneurs étrangers à des prix on ne peut plus avantageux. Par exemple, la compagnie Iron Ore du Canada paya au gouvernement Duplessis seulement un cent de redevance  pour chaque tonne de minerai de fer extrait de la terre.

            Léandre Bergeron, dans son Petit manuel d’histoire du Québec exprime cela comme voici:    

 

« Ca veut dire que 10, 000,000 de tonnes de notre minerai qui passe directement aux États-Unis rapporte au gouvernement provincial $100, 000.00. L’extraction de ces 10, 000,000 de tonnes a donné du travail pendant quelques années à quelques centaines de Québécois. C’est insignifiant. Surtout quand on sait que la compagnie qui a obtenu ces 10, 000,000 de tonnes pour $100,000.00 va faire, elle, en transformant ce minerai en produits semi-finis, de 75 à 100 millions de dollars de profit » (16).

            Durant cette période, les anglophones, qui représentaient seulement 7% de la force de travail du Québec, occupaient 80% des emplois les mieux payés. Ajoutez à cela que les travailleurs de langue française n’étaient pas seulement désavantagés  par leur faible scolarité, mais l’étaient aussi  par le fait de devoir gagner leur vie dans une langue étrangère, et vous comprendrez leur niveau de frustration.  

Cette situation était devenue intolérable.

            Maurice Duplessis meurt le 19 septembre, 1959, et son parti de l’Union nationale ne tarda pas à le suivre dans le néant. « La grande noirceur se dissipait, et les jours de domination cléricale étaient comptés ».

            Si l’industrialisation a transformé la structure sociale de la province de Québec, la télévision, la radio, le transport aérien et la communication rapide transforme sa mentalité. 

            Les maisons d’édition étaient maintenant libérées de la censure cléricale. Les auteurs canadiens-français tels Gabrielle Roy, André Laurendeau, Roger Lemelin, Gérald Besett, Anne Hébert, Claire Martin et Jean Duceppe pouvaient maintenant critiquer et analyser la société dans laquelle ils vivaient, sans peur de représailles.

            Le 6 septembre 1960, Les Insolences du frère Untel, un succès de librairie sans précédent au Québec, paraît aux Éditions de l’Homme. L’auteur, Jean-Paul Desbiens est frère mariste; « Frère Untel » est un pseudonyme. Dans ce livre qui cause beaucoup de remous, il dénonce la sclérose des institutions et l’échec de l’enseignement du français au Québec.

 

Le Québec était désormais mûr pour la Révolution Tranquille de Jean Lesage.

            Le 22 juin, 1960, les libéraux dirigés par Jean Lesage, battent le parti de l’Union nationale avec le slogan « c’est le temps que ça change ». Ce dernier fait écho au slogan antérieur de Paul Sauvé qui était « Désormais ». Mort soudainement le 2 janvier 1960,  Paul Sauvé laissa le gouvernement de l’Union Nationale dans la confusion. Cela ouvrit la porte aux libéraux pour prendre le pouvoir au Québec. En quête d’un appui populaire sûr pour aller de l’avant avec son projet de la nationalisation de l’électricité entre autres, Jean Lesage dissout le parlement prématurément pour briguer un nouveau mandat avec le slogan « Maitres chez nous ». Le 14 novembre 1962, il gagne son pari haut la main.

Sous Lesage,  il s’est accompli des réformes de grande envergure. La fonction publique fut réorganisée, les ministères des Relations provincial-fédéral, des affaires culturelles, du bien-être social et familial et des ressources naturelles furent créés. Mais le plus significatif est la création d’un ministère de l’éducation. Cela  retirait l’éducation des mains de l’Église. Sur le plan industriel, les lois du travail furent révisées, l’électricité fut nationalisée sous Hydro-Québec, une société d’État, un conseil de l’expansion économique fut créé, une Caisse de dépôt et de placement fut instituée, et le mouvement ouvrier renonça à ses racines religieuses. Bref, dans l’espace d’une dizaine d’années, Québec s’est vu transformer d’une société cléricale arriérée dans un État industriel moderne! Cette période, on ne peut plus, fut révolutionnaire.

            Mais parmi les intellectuels, il y a eu ceux qui ont cru que les Libéraux n’ont pas su livrer la pleine promesse de leur slogan « Maîtres chez nous », notamment, être maître de sa maison dans un État séparé. René Lévesque, qui avait été Ministre des Ressources naturelles, quitta le parti libéral, donnant naissance au Mouvement Souveraineté-Association, qui devint par la suite le parti québécois. Une histoire de la période de Lévesque demanderait un autre essai; inutile de dire qu’il n’a pas seulement su donner un bon gouvernement à la province de Québec, mais qu’il a aussi su faire valoir la question de l’insatisfaction du Canada français face au statu quo. Depuis, les questions linguistique et constitutionnelle dominent la scène politique et les deux solitudes demeurent aussi divisées que depuis toujours!

            Certes le Québec a fait un grand bond en avant, depuis environ un demi-siècle, tant il avait pris du retard par le passé. La transformation de la province d’un État clérical avec un fort taux d’analphabétisme, en une société industrielle moderne est une bonne chose pour tout le monde. Une population de Canadien-français éduqués et éclairés peut maintenant participer au développement économique du pays, au lieu de demeurer là en  spectateur comme  avant la Révolution tranquille.

            La jeunesse québécoise ne regarde plus dans le rétroviseur au temps des apôtres-elle regarde en avant, cherchant à prendre sa place dans un Québec renouvelé. En 1994, quand j’ai écrit cet essai, il y avait 176 000 étudiants inscrits aux universités Laval, de Montréal, du Québec (toutes les constituantes), sans oublier les  étudiants de l’université de Sherbrooke.

            Nos jeunes étudient l’économie, la science politique, la sociologie, la gestion commerciale, la médecine, la dentisterie, la musique, le droit, l’ingénierie et j’en passe -et cela en français; comme diplômés, ils seront en mesure de développer leur plein potentiel, au bénéfice de la société entière. Et tout ceci arrive dans une province n’ayant eu aucune loi de l’éducation obligatoire avant 1943 et où l’égalité des sexes ne fut reconnue qu’à partir de 1969!

            Nous avons été témoins d’un peuple qui, dans un temps relativement court, a réussi par ses propres moyens à gagner la liberté de penser, à l’encontre d’un système oppressif théocratique, et de vivre sa vie quotidienne dans sa langue maternelle; droits fondamentaux avec lesquels sûrement les unitariens peuvent s’identifier.

            Cela nous laisse avec la sempiternelle question  de l’unité nationale et de savoir si oui ou non une constitution canadienne renouvelée pourra rencontrer la demande du peuple québécois d’être reconnu comme une “nation”; une question qui peut provoquer une scission dans le pays!   

            Sous le régime britannique, l’Acte britannique de l’Amérique du Nord de 1867 divisa les pouvoirs entre les provinces et le gouvernement fédéral, mais l’étendue de ces pouvoirs n’a jamais été clairement définie, créant d’incessantes disputes entre les deux paliers de gouvernement.  

Notes

1. Two Solitudes  raconte le parcours de francophones et d’anglophones du Québec, entre la crise de la conscription de 1917 et l’aube de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire révèle de nombreux contrastes présents dans le Québec de l’époque : ruraux et urbains, catholiques et protestants, pacifistes et partisans de la guerre. Ce roman canadien-anglais fut publié en 1945.

2 Marcel Trudel, Initiaton à la Nouvelle-France,  Montréal, éditions HRW,  1971, pp.131-135.

3. Pierre Deffontaines, “Le rang, type de peuplement rural du Canada français”, dans La Société canadienne-française, Études choisies et présentées par Marcel Rioux et Yves Martin,  Montréal, Editions Hurtubise, 1971

4. Sous le régime français le mot Canadien identifiaient les gens d’origine française nés au Canada. Étant donné l’ambiguïté de ce mot dans l’histoire du Québec,  Léandre Bergeron suggère l’emploi du mot  canayen, voir note p.49, Petit manuel d’histoire du Québec, Éditions Québécois, 1970.

5. Jean-Charles Falardeau, “La paroisse canadienne-française au XVIIe siècle”, dans La Société canadienne français, p.41.

6. Falardeau,  dans La Société canadienne française, p 34.

7. Myers, Gustavus  A History of Canadian Wealth,, Toronto, James Lewis & Samuel Publishers, 1972 , p.23. Réédition du livre de Myers      publié  en 1914.

8. Myers, idem, p.16-17

9. Myers, idem, pp.23-24

10.Jean-Charles Falardeau, “Rôle et importance de l’Église au Canada français”, dans La Société canadienne française, p.353.

11. Falardeau, idem, p.355

12. Greer,  Allan, The patriots and the People. The Rebellion of 1837 in rural lower Canada, Toronto, University of Toronto Press, 1996.

13. Voir Dictionnaire encyclopédique et histoire des patriotes 1837-1838, p.86

14.Fortin, Réal  p, 52.

15 Westley, Margeret W. Grandeur et Déclin. L’élite anglo-protestante de Montréal 1900-1950. Libre expression, Montréal, 1990.

16. Bergeron, p.206.

 

Références

Bergeron, Léandre, Petit manuel d’histoire du Québec, Éditions québécoise, 1970.

Dickinson John A. et Brian Young, Short History of Quebec, McGill Queen’s university Press, 2003.

FORTIN, Réal, La guerre des Patriotes : le long du Richelieu, Saint-Jean-sur-Richelieu, Éditions Mille Roches, 1988, 286 p.

Hamelin, Jean et Jean Provencher, Brève Histoire du Québec, Montréal, Boréal, 1990.

Greer, Allan The patriots and the People. The Rebellion of 1837 in rural lower Canada.. University of Toronto Press, Toronto, 1996

Harvey, Louis-Georges, Le Printemps de l’Amérique française, Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837. Boréal, 2005  

Lacourcière, Jacques, Une Histoire du Québec, Septentrion, Sillery Québec, 2002.

Messier, Alain.  Dictionnaire encyclopédique et histoire des patriotes 1837-1838, Guérin, 2002

Myers, Gustavus, A History of Canadian Wealth,  Toronto, James Lewis & Samuel Publishers 1972  p.23.  Réédition du livre de Myers  publié en 1914.

Papineau, Louis-Joseph, Histoire de l’insurrection au Canada, Introduction et commentaires par Hubert Aquin, Édition Lemeac, 1968

Rioux Marcel et Yves Martin,  La Société canadienne-française, Études choisies., Montréal , Éditions Hurtubise,1971

Westley, Margeret  W.,  Grandeur et Déclin. L’élite anglo-protestante de Montréal 1900-1950, Montréal,  Libre expression, 1990. 

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