Tribune libre unitarienne, vol.2., no.2, 2006


CE NUMÉRO SUR LA TOLÉRANCE, par Maurice Cabana-Proulx

 

 

Dès l'aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance du bien et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d'être mon parent, non par la communauté du sang ou d'une même semence, mais par celle de l'intelligence et d'une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d'aucun d'eux, car aucun d'eux ne peut me couvrir de laideur ».

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même

 


Marc-Aurèle ne méprise pas les humains. Il demande au stoïcien d’avancer placide dans la foule, sans oublier que nous sommes, avec toutes nos tares, « nés pour coopérer ». Est-ce là  un exemple de ce que certains n’aiment pas dans la notion de tolérance, cette idée qu’il faut passivement « endurer » les autres?  Doit-on préférer les notions de compassion,  de fraternité ou de solidarité,  les attitudes qui encouragent le geste d’ouverture vers l’autre, la disponibilité et le désir de partager ce que nous avons en commun au-delà de nos différences?  Reste que la tolérance, si elle est trop peu de choses pour les uns, est beaucoup trop de choses pour les autres.

 

À notre époque, les intégrismes musulmans et chrétiens poussent aux excès; et d’hécatombe en hécatombe on comprend qu’il existe une réalité d’intolérance que nous devons déplorer. Aussi, il ne faut pas attendre que les kamikazes posent des gestes de violence meurtrière pour constater qu’il y a péril dans la demeure. Il faut  aller à la recherche des racines de l’intolérance et quand cela est possible faire avorter les embryons de la haine et du préjugé pouvant se traduire en gestes désespérés. Il faut interpeller ces bien-pensants et ces figures vénérées, qui tacitement ou implicitement, encouragent l’intolérance. Je ne pense pas à Georges Bush, qui n’a pas la subtilité requise pour verser dans « le tacite ou l’implicite ». Je pense plutôt au premier ministre Harper du Canada, qui parle de « légitime défense » de l’état israélien qui largue ses bombes sur des enfants. Je pense à l’Église catholique : il y  a certes sa misogynie séculaire et ses déclarations ronflantes et sans conséquence sur la guerre et la pauvreté; mais elle a aussi au Canada, sorte de détournement orwellien du langage, sa « Ligue catholique des droits de l'homme » qui milite contre l’égalité d’accès au mariage.

 

La tolérance, définie comme l’on voudra, serait donc une nette amélioration par rapport aux calamités endurées en ce début de siècle. Dans ce numéro, on propose donc la question de la tolérance comme matière à réflexions.

 

D’abord l’actualité. Pendant que ce numéro était en préparation, notre rédacteur-en-chef, Léo Poncelet, a rassemblé un dossier sur le conflit dans le sud du Liban, dernier chapitre dans le livre de l’intolérance du Moyen Orient. Ponctuel et percutant. Commentaire éditorial de Léo, contributions du Dr Najat Mustapha et d’Immanuel Wallerstein, commentaires de Fabrice Descamps et de Normand Gossellin.

 

Il n’est pas ici question de pontifier et de se donner en exemple. Les UUs n’ont pas toujours vécu, et encore aujourd’hui, le passage à l’époque contemporaine « post-chrétienne » et laïque dans un climat de pure tolérance. Certains unitariens chrétiens cohabitent sans difficulté avec les unitariens bouddhistes, athées et comparses,  mais d’autres demeurent très nostalgiques à propos du riche héritage chrétien anti-trinitaire. Dans son sermon « Hanoucca, la fête des Lumières »,  Joshua Snyder, pasteur unitarien américain,  raconte un divorce difficile entre unitariens.

 

Notre rédacteur associé, Fabrice Descamps, a critiqué les écrits de Michel Onfray. Le Traité d'athéologie, succès en librairie de M. Onfray, « surfe sur la vieille vague de l'anticléricalisme français, très populaire depuis Voltaire ». Voilà un article très utile pour comprendre la tradition d’intolérance qui caractérise l’histoire difficile de la séparation de l’Église et l’État en France.

 

Michel Abitbol, un des créateurs du site du site Unissons06 (www.unisson06.org), nous offre un texte d’une grande beauté. Voilà un échantillon de la spiritualité laïque qu’il propose sur son site web, une spiritualité qui convient parfaitement à la pensée et à l’action  des unitariens universalistes,  telles que je les conçois. Texte à lire, site à visiter.

 

On vous propose enfin deux textes sur l’histoire de la tolérance de votre humble serviteur,  coordinateur du présent numéro:

-  Un petit hommage à Pierre Bayle, un grand artisan de la tolérance dont on commémore  cette
année le 300e anniversaire de sa mort.

-   Une critique du livre de Perez Zagorin, How the Idea of Religious Toleration Came to the West.

 

Bonne lecture.


 

Tribune libre unitarienne, vol.2., no.2, 2006

 

 

 

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