Tribune libre unitarienne, vol.1, no.2, 2005

PRÉSENTATION : Quelle vie future? Léo Poncelet

           L’homélie de Roger Sauter, la première contribution de ce deuxième numéro de Tribune libre unitarienne, porte sur la vie future et la mort. Il est un fait que la survie du moi après la mort de l’individu est une préoccupation chez les hommes de tous les temps et que ceux-ci y ont répondu par une diversité de croyances. Mais, comme le souligne Sauter « cette question va de pair avec un autre fait : nous ne savons rien de l’au-delà! ». On est libre d’en penser ce qu’on voudra. C’est une affaire de convictions individuelles. Sauter, quant à lui, affirme que sa vie future ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est la quête d’une satisfaction intérieure et présente. Faire le bien par amour du bien, pour satisfaire sa conscience morale, suffit. Cette attitude est typique de l’esprit unitarien. Et c’est dans cet esprit que nous avons pensé de consacrer ce numéro à la question d’une autre vie future : la vie future ici sur terre; celle des générations à venir face à la mondialisation.

L’histoire de Joseph de Denis Bourdeau nous transporte dans la vie future au Québec en l’an 2050. Cette histoire de Joseph, un jeune travailleur mis à pied suite à la fermeture de son usine locale, nous pousse à la réflexion. Veut-on un système d’éducation axé sur l’épanouissement de la personne humaine et la transmission de l’humanisme ou veut-on éduquer nos jeunes pour devenir des « techno-académiciens » adaptés à la dictature du profit? Cette candide petite histoire est un cri d’alerte pour résister aux contraintes de la mondialisation sur notre système d’éducation. Les choix que nous faisons aujourd’hui auront un impact sur l’avenir des jeunes au Québec. Et c’est le moment plus que jamais d’agir.

Si nous tenons à faire paraître ici la lettre aux générations futures d’Ilya Prigogine les jeux ne sont pas faits, c’est pour ajouter une note optimiste aux autres articles qui figurent dans ce numéro. L’histoire n’est pas écrite d’avance comme le prétendent les idéologues de la mondialisation. Pour Prigogine « il faut avoir confiance dans l’émergence de fluctuations nécessaires pour dépasser les dangers que nous percevons aujourd’hui ». L’histoire actuelle de l’humanité connaît un moment privilégié où de nouvelles voies s’offrent à nous. Nous sommes arrivés à un point de bifurcation. L’histoire actuelle est ouverte. Si le jeune Joseph de l’an 2050 est un « Mozart assassiné », c’est notre génération actuelle qui l’aura assassiné.

Selon son commentaire Le siècle dernier, le dernier millénaire, Immanuel Wallerstein est prêt à parier qu’on « se souviendra du vingtième siècle pour  trois choses - l’hégémonie des États-Unis; la résurgence politique du monde non-occidental; et la révolution mondiale de 1968. Et l’on se souviendra du millénaire pour la naissance de l’économie-monde capitaliste, phénomène pouvant sembler en  2100 comme une transformation moins positive qu’elle n’apparût en  2000, voire rangé au musée de l’histoire ». Il faut savoir que pour Wallerstein, contrairement à la plupart des idéologues de la mondialisation, ce qu’il appelle le système-monde moderne n’est pas un phénomène tout récent, mais un phénomène qui a pris son envol il y a au moins 500 ans dans l’émergence des « fluctuations » des débuts du second millénaire. C’était au fond au moment où le néolithique était à son point de bifurcation. La conception de l’évolution de l’histoire chez Wallerstein est très proche de celle de Prigogine. Pour Wallerstein le système-monde moderne basé sur le capitalisme a fait son temps; du chaos est en train de naître un autre système-monde, pire ou meilleur, tout dépendant de nos luttes actuelles.

        Dans son essai, Val Bourdon pose la question à savoir qui finira gagnant dans ce soi-disant nouvel ordre économique? Qui court à sa perte? Pour Bourdon le monde a besoin de la mondialisation, mais pas d’une mondialisation où on met le profit avant l’homme. Bref, l’homme a besoin d’une mondialisation qui garantirait la survivance du genre humain sur notre planète.

Bourdon conclue que l’institution d’une telle mondialisation a besoin d’un organe international dont le mandat serait d’œuvrer pour et au nom de toutes les nations et les peuples du monde; et, pour lui, cet organe est l’Organisation des Nations unies, non les grandes entreprises assoiffées de profit!

L’article de David C. Korten attaque de front la logique de ces grandes entreprises et montre que celles-ci sont en train de nous conduire dans une catastrophe écologique. La terre sur laquelle nous habitons est finie; et nous voilà arrivés au seuil de sa capacité de régénération. Il nous faut prendre un autre virage, résoudre le dilemme formidable auquel nous faisons face, changer notre mode de vie dans l’intérêt du genre humain.

Selon Korten « Les vraies questions ne sont à peu près jamais discutées dans la presse écrite ou les médias trop souvent à la merci de la publicité d’entreprises ». La mondialisation est une idéologie pernicieuse. Ses idéologues n’ont aucun souci des générations futures.

Le deuxième commentaire d’Immanuel Wallerstein analyse la montée de l'Extrême-Orient comme nouveau centre possible du système-monde moderne.

Bonne lecture! La rédaction vous invite à donner vos commentaires et à soumettre un article pour le prochain numéro par courriel. (Tribunelibre@uuqc.ca)  

Tribune libre unitarienne, vol.1, no.2, 2005