Spirituel mais pas religieux

par Curtis Murphy

Récemment, dans un de mes cours au séminaire, j’ai participé à une discussion dont le thème était «spirituel, mais pas religieux»

L’échange se passait en anglais et une de mes collègues francophones a suggéré que «spiritual but not religious» pourrait se traduire en français par «croyant, mais pas pratiquant».

Elle faisait sans doute allusion à ce grand nombre de personnes qui ont cessé de fréquenter l’église de leur enfance — donc de participer aux rituels et aux célébrations communautaires —, mais qui continuent de croire en Dieu et pour lesquelles la foi et la spiritualité jouent toujours un rôle dans leur vie. Certains croyants ont trouvé d’autres églises ou communautés de foi, d’autres, non.

Associer la croyance avec la spiritualité et la pratique avec la religion m’apparaît un peu simple. Pourtant, cela m’a amené à réfléchir sur un autre aspect de la question : la tendance à considérer la spiritualité comme un chemin personnel et la religion comme une appartenance à une communauté spécifique. Cela m’a rappelé une conversation, d’il y a quelques années déjà, avec la mère d’une amie et qui me revient souvent en mémoire.

Depuis plusieurs années, cette dame fréquente une église dont les valeurs et la théologie conviennent assez bien à ses propres convictions. Mais elle se lasse d’entendre les réflexions du même pasteur semaine après semaine. Elle préférerait de beaucoup participer d’une façon plus active à sa propre spiritualité. Elle se demande périodiquement : pourquoi ne pas rester chez moi les dimanches pour être libre de poursuivre mon chemin personnel par mes propres pratiques spirituelles? Ce qu’elle fit.

Bientôt, elle éprouva l’envie de rassembler chez elle, des gens avec qui elle pourrait partager son cheminement ce qui l’aurait amenée à recréer une communauté comme celle qu’elle avait quitté.

Comme elle, je me reconnais dans ce dilemme entre la liberté et l’adhésion à une communauté. Spirituels ou religieux, nous avons tous besoin de la liberté de conscience, mais aussi de soutien et de lignes directrices. Liberté de conscience et vie communautaire ne sont pas nécessairement en conflit même si une certaine tension m’apparaît inévitable. Entre s’isoler pour avancer ou progresser en communauté, on doit trouver un certain équilibre. Être à la fois solitaire et solidaire m’apparaît un facteur d’harmonie à considérer.

V8N1-2 Tribune libre unitarienne vol.8 no. 1 et 2. 2013, numéro consacr´ au sprirituel et/ou au religieux.