Spirituel mais pas religieux

par Hannelore Daniel-Poncelet

Nous nous sommes donnés un défi de taille aujourd’hui. Comment conçoit-on la spiritualité et la religion chez les unitariens universalistes? Par principe, je ne peux pas parler pour les autres ici, car nous avons sûrement différentes conceptions et je respecte cela. Donc, je vous expose ma réflexion la plus récente, car peut-être après la célébration, après avoir écouté mes amis, après avoir discuté avec vous en prenant notre café tantôt, je pourrais changer d’idée ou au moins peaufiner ma conception.

Dans un de mes séminaires, le groupe, venant de différentes dénominations, athées inclus, a défini la pratique religieuse ou spirituelle comme ceci : C’est une activité codifiée, un rituel, un geste symbolique posé par un groupe ou un individu, en public ou en privé, qui s’enracine dans une croyance ou une expérience religieuse et qui se vit selon un rapport à la transcendance et à l’immanence.

Moi, comme Obélix, que le druide a saucé dans la potion magique, depuis ma naissance, j’ai grandi avec la religion unitarienne. Mes ancêtres étaient présents à la naissance de cette religion radicale en 1568 qui proclamait la liberté de conscience en Transylvanie hongroise.

Comme ces deux mots, spirituel et religieux, sont chargés d’un fardeau alourdissant de mythes et de magie imposés, je suis retournée à ma langue maternelle, le hongrois, pour mieux saisir le sens.

À ma grande surprise, il n’y a pas de mot hongrois équivalent pour le mot ‘religieux’. Le concept de ‘religion’ a été forgé durant les temps troubles de la Réforme en utilisant le mot ‘vallàs’ ayant pour connotation le sens de l’aveu d’appartenance à une communauté religieuse quelconque, qu’elle soit catholique, orthodoxe, luthérienne, calviniste, unitarienne, juive ou musulmane. Ou, l’aveu qu’on suit un prédicateur, ou encore, l’aveu qu’on croit à un credo lequel nous semble vrai et salutaire.

De plus, le mot ‘lelki’ a quatre sens en hongrois : Intellectuel, mental, psychologique, et en dernier spirituel.

Donc, dans mes mots, voici ma courte réflexion :

Ni la science ni nos codes de loi ne répondent aux émotions qui nous poussent à la quête existentielle. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », écrit Pascal. La nature nous pousse à contempler les profondeurs de l’univers. Les arts nous élèvent à des hauteurs exaltantes de beauté et d’esthétique. Les valeurs telles que l’empathie, la compassion, l’amour, l’amitié, le partage, la charité, la fidélité, entre autres, nous mènent au bonheur. Ce sont toutes des expressions de la spiritualité. Celle-ci nous inspire à poursuivre notre quête du sens de la vie.

Être spirituel, c’est être en connexion avec la puissance, la beauté et la fragilité de l’univers, de la nature, et de notre grande communauté humaine. C’est aussi d’en être reconnaissant.

Être religieux, c’est se retrouver dans la sécurité de son groupe, pour nous accueillir, pour nous exprimer, pour nous réconforter, pour échanger, pour nous questionner, pour nous inspirer, pour nous entraider, pour grandir. C’est construire un monde meilleur en partageant les connaissances scientifiques, technologiques et économiques, en souscrivant aux démarches politiques et juridiques justes et équitables, en pratiquant les valeurs morales, en affirmant les codes d’éthique universels et en appréciant les expressions esthétiques. C’est d’avouer son appartenance à la grande communauté humaine.

Faudrait-il remplacer ces deux mots, spirituel et religieux, par d’autres mots pour les dégager des contextes de persécutions, de croyances mythiques et de cultes de magie? Vous pouvez en discuter après avoir entendu nos réflexions.

Köszönöm szépen, danke schön, спасибо, muchos gracias, tibi gratias ago, thank you, merci beaucoup.

V8N1-2 Tribune libre unitarienne vol.8 no. 1 et 2. 2013, numéro consacr´ au sprirituel et/ou au religieux.